Ce matin

Ce matin, j’éprouvais la plus grande difficulté à sortir de mon lit. Pas vraiment
original pour un lundi matin me direz-vous !

Les yeux encore mi-clos, je ressenti, comme tous les jours depuis environ deux
semaines, un violent mal de tête. Comme si quelqu’un s’amusait à me la serrer dans
un étau. Je ne faisais pourtant pas d’excès en ce moment et hier soir, je m’étais
couché assez tôt sachant qu’aujourd’hui j’avais un rendez-vous professionnel plutôt
important. Je m’assieds un instant sur mon lit et, vu mon état, entreprit de me lever
par étape…
Après bien des péripéties, je parvins à me mettre debout et titubant comme un
alcoolique, j’arrivais enfin aux toilettes. Un sifflement m’accompagnait depuis
maintenant trois ou quatre jours et je ne parvenais pas à savoir d’où il venait. Je me
dis, une fois de plus, qu’après un bon café, tout rentrerait dans l’ordre.
Le café fumait dans ma tasse et les volutes ondulaient au son de ce foutu sifflement
comme un serpent danse, envoûté par la flûte de son charmeur. J’étais groggy. Il
était déjà tard et je n’avais pas envie d’être à la bourre aujourd’hui. J’avalais mon
café d’une traite en prenant soin, au passage, de me brûler l’œsophage !
Après une bonne douche et un second café, j’étais fin prêt. Le mal de tête avait
légèrement diminué mais pas le sifflement.
Je quittais mon appartement et attendis le bus qui devait m’emmener, comme tous
les jours, au bureau. Je travaillais dans une agence de publicité et vu mon amour
pour cette société consumériste, me voir évoluer dans ce monde ressemblait un peu
à mettre un loup dans une bergerie ! Quoiqu’il en soit, j’avais une certaine liberté
pour mettre en avant les marques qui nous faisaient confiance et il y en a même qui
me réclamaient pour le côté subversif que j’étais censé représenté. Bref, on me
foutait une paix royale.
Le bus tourna dans ma rue et s’arrêta juste devant moi. Après un bref salut au
chauffeur, je partis m’asseoir. Et comme tous les matins depuis quelques semaines,
je la vis. Elle prenait le même bus mais s’arrêtait trois arrêts avant moi. Je m’étais
promis un jour de descendre en même temps qu’elle, piqué par la curiosité de
savoir ce qu’elle faisait après. Allait-elle travailler ? Visiter quelqu’un ? Faire
quelques courses ? Je souris à l’idée de le découvrir un jour. Mais ce matin, j’avais à
faire et je ne pouvais décemment pas arriver en retard à ce rendez-vous
professionnel. Une grande enseigne venait de rejoindre notre cheptel et leur projet
était bigrement intéressant. La direction avait pensé à moi et je ne pouvais les
décevoir.
Elle me sourit avec insistance. Je ne m’en aperçus pas tout de suite, perdu dans mes
pensées professionnelles parasitées par ce mal de tête et ce sifflement qui
persistaient. Comme un larsen.
A ma mine surprise par ce sourire, elle rit discrètement. Je fis de même. Elle était
très jolie mais elle devenait carrément divine lorsqu’elle riait.
C’était peut-être le moment pour entamer la conversation me dis-je.
— Salut ! lui dis-je en souriant.
— Salut ! me répondit-elle d’un sourire que je qualifiais de gêné. L’avais-je séduite ?
Cette idée me plaisait bien et mon mal de crâne sembla disparaître comme par
enchantement. Seul le sifflement continuait de me taper sur le système mais à la vue
de son sourire, j’avoue que je pouvais bien le supporter le temps de notre voyage en
commun.
— Vous…vous prenez souvent ce bus ? balbutiais-je. C’est en prononçant cette
phrase que je me rendis compte de la stupidité de cette dernière. Evidemment
qu’elle prenait souvent ce bus, tous les jours même…Putain ! Balbutiements,
sourire débile et chaleur corporelle…Je crois bien que je venais d’avoir le coup de
foudre.
— Ah bah oui, tous les jours ! me répondit-elle en riant de plus belle.
Et voilà ! Qu’est-ce que je disais ! Comment passer pour un con…
— Et vous allez où comme ça ? me dit-elle.
Je ne sais pas ce qu’il me prit mais je décidais de venir m’asseoir en face d’elle.
— Cela ne vous dérange pas que je m’installe avec vous ? lui dis-je.
—Ben…J’ai pas vraiment le choix, vous êtes déjà assis ! me lança-t-elle en souriant.
Putain, j’adorais ce genre de nana qui te renvoyais dans les cordes tel un boxeur.
— Désolé mais j’en avais envie ! lui répondis-je en lui souriant à mon tour.
— Et donc, vous comptez répondre à ma question ou vous bottez en touche ?
insista-t-elle.
— Au taf ! Comme vous je suppose ? lui répondis-je.
— C’est ça ! me dit-elle d’une façon quelque peu évasive.
Discussion stérile, vous en conviendrez mais on fait ce qu’on peut comme dirait
l’autre !
Le bus s’engagea dans la rue où je devais descendre.
— Oserai-je vous demander un numéro de téléphone ? dis-je, porté par un je-nesais-quoi de confiance en moi.
—Elle sortit un stylo, prit ma main et griffonna son numéro dans la paume de
celle-ci. Comme dans un film. Digne d’une comédie romantique anglaise !
— Merci ! Bonne journée ! lui fis-je en souriant.
— A bientôt ! me lança-t-elle.
Le bus s’éloignait tandis que je restais figé devant l’abribus comme un gamin
pourrait l’être devant le sapin de Noël.
Je repris mes esprits, regarda l’heure sur mon téléphone et me hâta afin de rejoindre
l’agence.
J’arrivais quelques minutes avant cet entretien qui devait se dérouler en
visioconférence. Je pris soin de noter dans mon téléphone, le fameux numéro de la
belle inconnue. Tout allait bien, j’étais fin prêt pour le jeu de séduction auquel
j’allais me livrer avec mon client après cette séance d’entraînement que je venais
d’avoir dans le bus.
Le mal de tête reprit de plus belle mais le sourire de cette beauté ainsi que son
numéro m’aidaient à le surmonter. La visio débuta.
Deux heures plus tard, je sortis du bureau, satisfait de ma prestation et des
échanges que je venais d’avoir avec mon client. Comme je me sentais pousser des
ailes, j’entrepris pendant ma pause déjeuner d’envoyer un sms à celle qui occupait
mes pensées depuis ce matin. D’ailleurs je n’avais pas eu la présence d’esprit de lui
demander son prénom…
« Coucou ! Un verre quelque part un de ces soirs ! Signé : Le mec du bus ! »
Une fois le message envoyé, je me mis à déjeuner en parcourant l’actualité sur mon
PC en espérant qu’elle me répondrait.
L’après-midi passa assez rapidement. Je devais établir un calendrier de mes
prochaines missions à envoyer à mon responsable de pôle afin de budgétiser les
frais inhérents.
Et pas de nouvelles de la demoiselle…
Je ne l’avais pas vu dans le bus sur le trajet du retour. Je gardais espoir, après tout,
elle m’avait filé son numéro de téléphone !
Je m’étais mis sur mon ordinateur afin de continuer à écrire ce fameux essai que
j’avais débuté il y a bien longtemps. Une vieille passion que l’écriture ! Elle m’avait
topé à l’âge de 15 ans et depuis elle m’accompagnait dans mes moments de
solitude. Je m’étais mis dans la tête d’écrire un essai, vaste entreprise…Il y était
question d’une réécriture de l’histoire de l’humanité au travers du prisme du choix.
Que se serait-il passé si nous avions fait les choix inverses que ceux qui nous ont
permis d’en arriver là. Aurions-nous évité certaines guerres, découvertes ? Aurionsnous, au contraire, provoqué certains conflits évités par une diplomatie efficace ?
Aurions-nous fait d’autres découvertes technologiques ou médicales ? Je balayais les
âges en modifiant certains résultats. J’avoue que j’y prenais un malin plaisir !
Pistache, mon chat me dévisageait du haut du canapé ou il avait élu domicile depuis
mon emménagement il y a maintenant dix ans. La façon dont il me regardait
semblait vouloir dire : « Mon gars, ton essai, ben c’est pas gagné ! ». Je lui fis un
magnifique doigt d’honneur en lui souriant. Pistache retourna sa tête et l’enfouis
dans ses pattes comme pour mieux m’ignorer.
Mon téléphone vibra et un message s’invita sur l’écran de ce dernier. C’était elle.
« J’ai soif…Je suis au Cerbère…à tout de suite… »
L’essai pouvait bien attendre, j’en avais un autre, bien plus important, à
transformer ! J’éteignis l’ordinateur, prit ma veste et claqua la porte de mon
appartement.
Le Cerbère était un bar lounge situé à 2 pâtés de maison de chez moi. L’ambiance y
était un peu dark tout comme la luminosité d’ailleurs. Je franchissais la porte
d’entrée toujours accompagné de ce mal de tête et de ce sifflement. Rien n’y avait
fait malgré les doses de cheval de doliprane que je m’étais envoyées.
Je commandais une pression et me retournais pour contempler l’assistance. Je la
vis. Elle me fit un geste de la main. Je m’avançais et m’asseyais en face d’elle.
— Bonsoir ! me fit-elle d’une voix suave et chaude.
Merde ! Elle est magnifique et en plus sa voix est délicieuse…Il est où le piège ?
— Bonsoir ! répondais-je, perdu dans ses yeux qui m’invitaient déjà à voyager.
— Vous n’avez pas perdu de temps à me contacter ! me dit-elle.
— Parce-que vous n’avez pas perdu de temps à me donner votre numéro ! lui
envoyais-je en retour.
Elle sourit…moi aussi.
— C’est quoi votre prénom ? me demanda-t-elle.
— On peut peut-être se tutoyer ? lui dis-je.
— C’est quoi ton prénom ? dit-elle en buvant une rasade de son mojito.
— Ben ! répondais-je.
— Ben…comme Benjamin ? ajouta-t-elle.
— Non, non. Ben comme…Ben en fait ! Et toi ?
— Hela…comme la déesse nordique des morts avant que tu m’en demandes
l’origine ! Sympa, non ? fit-elle.
— Des parents taquins ou férus de mythologie nordique ? lui dis-je.
— Ni l’un ni l’autre, juste des cons ! me fit-elle.
Je ressentis chez elle, l’envie de parler d’autre chose que de ses géniteurs.
— Et tu bosses dans quoi ? lui demandais-je.
— Chasseur de tête ! me répondit-elle en me regardant fixement.
— Tu veux me recruter ou on se dragouille gentiment pour voir où cela va nous
mener ? lui lançais-je en m’esclaffant.
Elle sourit, finit son verre, se leva et prit son sac.
— On y va ? me fit-elle.
— Oui…enfin où ça ? lui dis-je.
— On pourrait peut-être dragouiller chez toi ? me dit-elle en me regardant avec
insistance.
— Pourquoi pas ! lui répondis-je en buvant ma bière d’une traite.
Je me levais à mon tour et nous sortîmes du bar. La nuit commençait à tomber et
nous décidâmes de rentrer chez moi à pieds.
Sur le chemin, mon mal de tête reprit avec une intensité inconnue à ce jour. Je me
massais les sinus et me prit la tête entre les mains quand le sifflement se fît
beaucoup plus aigu l’espace de quelques secondes.
—Un problème ? me fit-elle.
— Non rien…lui dis-je alors que le sifflement s’estompait un peu. Un putain de
mal de crâne depuis quelques jours. Rien de bien méchant, juste emmerdant !
ajoutais-je.
— D’accord ! répondit-elle en tirant sur sa cigarette.
Nous arrivâmes devant l’entrée de l’immeuble.
— On y est ! lui dis-je.
J’habitais au rez-de-chaussée et nous eûmes juste à traverser le hall d’entrée pour
arriver à la porte de mon appartement. En entendant les clés dans la serrure et la
porte s’ouvrir, Pistache montra sa jolie petite frimousse, interloqué par la présence
d’une inconnue.
— Salut mon vieux ! lui dis-je.
A ces mots, Pistache miaula, se retourna vers Hela, puis s’enfuit en courant dans la
cuisine.
— Il n’a pas vraiment l’habitude de voir du monde, faut l’excuser ! dis-je à Hela en
jetant ma veste sur le fauteuil club. Elle me sourit en guise de réponse.
— Installes-toi, je t’en prie ! lui fis-je en lui indiquant le canapé. Tu veux boire autre
chose ? J’ai du vin blanc et…du vin blanc ! ajoutais-je un brin désolé.
— Va pour le vin blanc ! répondit-elle.
Je rejoignis Hela, muni de nos deux verres et d’un bol d’olives pour agrémenter le
tout. Je devais aller au ravitaillement demain et je n’avais pas anticiper le fait qu’une
bombe à fragmentation allait s’inviter chez moi ce soir ! Cela me servira de leçon !
A peine installé dans le canapé, Hela s’approcha délicatement de moi et m’embrassa
avec une tendresse infinie. J’étais au 7ème ciel ! Enfin, en vérité, je ne savais pas trop
où j’étais mais ce que je savais c’est que tout cela était très agréable. Improbable
encore ce matin mais très agréable. Ses lèvres quittèrent les miennes, j’ouvris les
yeux.
— Whaow…C’est…c’est cool ! dis-je sans trop savoir si j’avais réintégré mon
enveloppe corporelle ou si je planais encore.
Hela eût un léger sourire en prenant son verre. Ce sourire fugace était très bizarre.
Il semblait mélanger à la fois de la satisfaction mais aussi une sorte de gêne.
— Tout va bien ? lui demandais-je.
— Oui…oui ! fit-elle en avalant une gorgée de vin. Je…j’ai juste bien aimé ce
moment voilà tout !
Elle se retourna à nouveau vers moi et nous nous embrassâmes à nouveau. Nous
nous levâmes du canapé sans que nos lèvres se quittent et je la pris dans mes bras et
me dirigeai vers la chambre en claquant la porte, à l’aide du pied, au nez de la
pauvre Pistache qui eût un miaulement de mécontentement.
Je ne saurai vous décrire avec des mots humains ce qu’il s’est passé durant de
nombreuses heures. Une symbiose. Une entente parfaite. Une chorégraphie
corporelle satisfaisant nos moindres désirs. J’en étais encore tout chamboulé
lorsqu’Hela releva sa tête de mon torse et me dévisagea de ses yeux remplis d’un
désespoir certain.
— Que se passe-t-il ? Tu n’as pas aimé ? lui demandais-je.
— Ben si justement…fit-elle. C’est ça qui m’emmerde.
— Cela t’emmerde ? Mais pourquoi ? répondais-je. C’est plutôt bien, moi je trouve.
— Mouais ! dit-elle en s’asseyant dans le lit tout en enserrant ses genoux de ses
bras.
— Vas falloir m’expliquer ce qui te rends si triste ! lui dis-je.
Elle alluma une cigarette, jeta le briquet sur le lit, inspira profondément, recracha la
fumée.
— Tu ne me croiras jamais ! C’est tellement improbable…dit-elle.
— Ben pour te croire ou non, faudrait déjà que j’en saches un peu plus ma jolie !
assénais-je, un brin énervé.
— Je suis là pour toi Ben ! dit-elle laconiquement.
— J’espère bien que c’est pas pour Pistache que t’es ici ! lui répondais-je en
souriant.
— Tu ne comprends pas…Je…Je suis venue pour toi. Pour t’emmener avec moi.
Loin, très loin…poursuivit-t-elle.
— Et on va où ? dis-je en riant.
— Arrêtes de plaisanter ! dit-elle le plus sérieusement du monde.
Je m’asseyais à mon tour sur le lit et passa mon bras autour de son épaule. Elle
tremblait. Des larmes commencèrent à perler sur ses joues.
— Ton mal de tête et ce sifflement dont tu me parlais tout à l’heure ont depuis
cessés n’est-ce-pas ? me demanda-t-elle.
— Oui…Depuis que…
—…depuis que l’on s’est embrassé…fit-elle en m’interrompant avec une certaine
autorité.
— Oui c’est vrai ! répondis-je en constatant leur disparition.
— Tu étais malade, Ben. Quelque chose au cerveau, comme une tumeur, et ce
depuis quelques semaines. Du genre foudroyant. Tu devais partir ce soir, ton heure
était venue et j’étais là pour t’emmener ! dit-elle.
— Hein ??? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu me fais flipper en étant à ce point
sérieuse ! On ne plaisante pas avec ça ! dis-je en me levant du lit.
— Tu t’appelles Ben Moria, tu as 39 ans, tu es le fils de Vincent Moria et de
Jeannette Booker, tu es né à Tijuana au Mexique…dit-elle en tirant à nouveau sur
sa cigarette.
— Mais comment tu sais tout ça ? T’as fait une enquête sur moi ou quoi ? lui dis-je
complètement abasourdi par ce qu’elle venait de me dire.
— Je sais tout ça parce-que je devais le savoir avant de venir te chercher ! réponditelle.
— Mais t’es qui en fait ! Et puis pourquoi tu es venue me chercher, bordel ?
lançais-je complètement hors de moi.
Elle se retourna vers moi, me regarda fixement. Une larme roulait le long de sa joue
gauche.
— Je suis celle qu’on a chargé de faire passer de vie à trépas les hommes, femmes
et enfants de ce monde. Je suis celle qui vous fait traverser le fleuve des ombres.
Celle qui vous accompagne vers l’inconnu. Celle qui vous rassure au moment de
partir quand vous êtes pétrifié par la peur. Celle qui abrège vos souffrances. Celle
qui vous aime en somme ! dit-elle.
Je ne savais plus si je devais rire, avoir peur ou tout bonnement appeler l’hôpital
psychiatrique ! Avec le spécimen que je leur destinais, j’aurai fait une donation dont
la science se serait souvenue pendant longtemps.
Cependant, quelque chose d’inexplicable me poussait à la croire. Comme une
certitude au fond de moi. Une certitude fondée sur une croyance, vous parlez d’une
certitude !
— Tu…Tu es…balbutiais-je en repoussant le moment où j’allais dévoiler
verbalement son identité.
—…la Mort ? dis-je enfin en écoutant religieusement les paroles que je venais de
prononcer.
— Oui ! dit-elle en se levant à son tour, enroulée du drap.
Elle s’avança et vint se blottir contre moi. Elle m’embrassa à nouveau.
— Non ! Mais non !!! C’est pas possible !!! fis-je en la repoussant. Mais pourquoi ne
suis-je pas mort comme c’était prévu, alors ? Et pourquoi tu pleures ?
— Rien ne s’est passé comme d’habitude ! dit-elle. J’aspire votre dernier souffle de
vie en vous embrassant. Normalement, vous mourrez instantanément mais avec toi,
ça n’a pas marché.
— Et pourquoi ça n’a pas marché ? dis-je comme si tout cela avait un sens.
Machinalement, j’attrapais son paquet de cigarette qui se trouvait sur la table de
nuit, en sortait une et me l’allumais. J’avais arrêté depuis trois ans mais j’avoue que
s’il y avait un moment pour recommencer, c’était bien ce soir !
— Quelque chose d’imprévu s’est passé… dit-elle. Quelque chose que je
n’imaginais pas possible…et qui a modifié ta destinée !
— Quoi ? lui demandais-je.
— Je…Non ça n’a pas de sens ! me répondit-elle en commençant à ramasser ses
vêtements comme pour partir.
Je la pris par le bras et l’attira à nouveau vers moi. Elle était si jolie…Putain, la Mort
était si jolie…
— Je t’aime…fit-elle en fermant ses yeux et en m’embrassant.
Merde ! me dis-je intérieurement. Comment est-ce possible ? Je rêve et je vais me
réveiller ?
—Tu m’aimes ? lui demandais-je ahuri par cette histoire de fou.
Elle acquiesça de la tête en ne me quittant pas du regard. Un regard intense.
Profond comme le fleuve qu’elle était censée me faire traverser. Alors qu’elle
pleurait de nouveau, un sourire se figea néanmoins sur ses lèvres et comme la pluie
rencontre le soleil, un arc-en-ciel illumina son visage. J’avais envie de la suivre. De
partir avec elle et peu importe où elle m’emmènerait puisque j’étais avec elle. Je ne
la connaissais pas ce matin et pourtant ce soir, je pourrai la suivre jusqu’aux Enfers.
— Viens ! me dit-elle en m’attirant vers le lit.
Ce fût aussi divin que la première fois, peut-être même un peu plus fort…
Le soleil inondait déjà la pièce quand j’ouvris les yeux…Mon mal de tête était
effectivement bien parti ainsi que ce sifflement. Hela aussi. Si tant est qu’elle ait
bien existé !
En me levant, je vis, posée sur la table de nuit, une feuille blanche pliée en deux.
Elle m’avait laissé un mot.
« Ben,
J’étais venue pour t’emmener et je te laisse finalement dans ce monde dont tu vas profiter encore
pendant longtemps car une chose est sûre, je ne repasse pas souvent pour la même personne ce qui
me navre car tu me manques déjà. J’aurai aimé te garder près de moi. J’aimerai te dire à bientôt.
J’aimerai te dire « à demain dans le bus ! ». Qui sait ! Peut-être un jour…
Hela »
Je n’avais donc pas rêvé…
J’avais donc rencontré la Mort dans le bus, je l’avais ramenée chez moi. Je l’avais
embrassé et j’avais couché avec elle. Elle m’avait guéri et par-dessus le marché, elle
était tombée amoureuse de moi…et quand tout le monde la redoutait ou la fuyait,
je n’avais qu’une seule envie : la retrouver…
Mais par où commencer ?

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