« Belle Époque », les charmes obscurs du XIXe

Freak shows, spiritisme, vapeurs de l’éther et de l’absinthe, portrait d’une époque, sous 16 facettes, qui sous l’étiquette de « Belle », cachait son lot d’obscurs secrets…

Les éditions Luciférines sont passées maîtresses dans l’art des recueils anthologiques autour d’une thématique originale. Après Sombres félins il y a quelques années, entre autres, les revoici avec un opus dédié à une époque littérairement très riche, la quarantaine d’années après 1870, baptisée « Belle Époque ».

16 textes de fiction se succèdent, souvent dans le décor d’un Paris que les fastes de l’Exposition universelle éclairent le jour tandis que ses nuits sont dédiées à l’effacement des solitudes dans des spectacles et expériences plus dangereux et mystiques les uns que les autres. Mais on croise aussi au détour des pages des cimetières, manoirs hantés, mausolées, galions maudits, et tout ce que l’imaginaire peut espérer convoquer de décors propices à des manifestations surnaturelles.

Richement illustré dans un noir et blanc rehaussé d’or, dans un style souvent évocateur de Mucha, à l’instar du portrait féminin de sa couverture, l’ouvrage se compose des récits de sa pléiade de plumes, mais aussi de brefs chapitres intermédiaires dédiés à l’explication des enjeux de l’époque qui apparaissent dans les textes de fiction. On y croise les grands courants littéraires, des figures marquantes de milieux plus ou moins artistiques ou interlopes. Au fil des pages, on peut ainsi repérer aussi bien Baudelaire et Théophile Gautier que Sarah Bernhardt ou encore le médium Allan Kardec. Mais aussi tout un panel de personnages fictifs qui se mêlent aux grands noms en une faune éclectique. Points communs de la plupart des textes, une tonalité pleine de mystère, globalement fantastique mais flirtant avec l’horreur et l’épouvante. Pas forcément l’ouvrage à lire pendant une nuit d’insomnie, tant il est peuplé de fantômes vengeurs, morts cruelles et autres souffrances psychiques.

On trouve toutefois quelques éléments d’espoir et de soulagement dans de rares textes moins terribles dans leur conclusion, histoire d’alléger un peu la chape de plomb qui, telle un « ciel bas et lourd, pèse comme un couvercle » sur l’esprit des lecteurs/trices au fil des pages. Prenantes, originales, parfois un peu trop confuses pour qu’on s’y retrouve, les nouvelles nous entraînent dans leur sillage souvent sensoriel, fait de lourdes tentures, de drapés volatils, de vapeurs alcoolisées, de bruits suspects… Sur le fond, se dégage la difficulté à vivre pour les personnes qui ne rentrent pas dans les normes de la « bonne société » : intersexes, orphelins, personnes douées de « pouvoirs » comme celui de couper le feu ou percevoir les présences des spectres. Que l’on croie ou non à l’occulte n’enlève rien à l’atmosphère des récits qui dit au moins autant du monde des vivants que de celui des morts.

Dans une dernière partie, des auteurs/trices contemporain(e)s s’essaient au pastiche. À la manière de Maupassant ou Barbey d’Aurevilly, ils/elles transposent dans un décor plus contemporain le style et les enjeux qui traversent les intrigues des grands noms de la Belle Époque. Ces textes sont d’ailleurs parmi les plus réussis du livre, dans la tenue de leur narration et la singularité de leur style.

 

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