Fleur géante

Sur la route d’Aldébaran – Adrian Tchaikovsky

couverture roman Sur la route d'Aldébaran Adrian Tchaikovsky

Le très prolixe Adrian Tchaikovsky (que j’ai lu et apprécié à plusieurs reprises sur ce blog) publie régulièrement romans et nouvelles (au point que je l’ai surnommé Adrian Stakhanovsky et que je le soupçonne d’avoir créé un challenge entre lui et Brandon Sanderson, mais je digresse…). Tout n’est pas bon cependant dans son œuvre, et les « éclaireurs éclairés de la SF » (comprenez, les blogueurs qui lisent beaucoup de V.O. et défrichent – voire déminent – le terrain tout en vénérant un dieu égyptien, ou pas, après tout ils sont chaotiques) veillent pour trier le bon grain de l’ivraie et guider le lecteur, voire l’éditeur. Sur la route d’Aldébaran est passé sous les fourches caudines et c’est mérité selon moi.

Ce n’est pas, pour une fois, chez Denoël que nous découvrons ce texte de Tchaikovsky mais bien chez le Bélial dans ce qui s’est établi comme LA collection mythique de référence pour les nouvelles et novellas (ce qui ne veut pas dire que je les apprécie toutes, hein, faut pas exagérer), j’ai nommé Une Heure-Lumière.

Prix des Trois Couronnes et escapade en terre basque

Le 26 avril 2022, j’ai eu l’honneur de recevoir le Prix des Trois Couronnes, à titre d’encouragement, pour quelques-uns de mes poèmes.

C’est un prix littéraire fondé en 1958 par les hommes de lettres Pierre Daguerre, Gabriel Delaunay et Pierre Espil. Le prix récompense des œuvres ayant trait au Pays basque, ainsi que des auteurs originaires de cette région. Je sais gré au jury de m’avoir récompensé pour le poème « Vers Urdazabi », que voici (également téléchargeable ici):

Vers Urdazubi

Juché sur sa colline verte,

Mi-brumeuse, mi-découverte,

Le vieux chêne observe au loin

Les sentes, les rocs riverains.

Parés de leur manteau de grès,

Ses commensaux font grise mine,

Fendus des seuls pas esseulés

De marcheurs à l’ardeur divine

Et ces légions de Compostelle,

De quitter vite ces parages

Pareilles au cours qui ruisselle 

Aux racines des pâturages

Ci-bruit le vent, là sourd l’eau

Partout la bruine marine

Des dolmens érigés tout haut

Un Pottok isolé chemine

Je redescends vers le village

Les cloches égarées me guident

Le soleil perce les nuages

Ton monastère, ton égide !

De là j’observe d’un pas lent

Tes belles maisons d’Amérique,

Au souvenir de tes marchands

Partis si loin pour leurs fabriques

Dans ton église, des retables

Au hameau, un four, un moulin

J’aperçois même des étables,

Tout près un chêne, un hêtre un pin

Les derniers pas de ma balade

Sont guidés par mon makila

Un de tes murets j’escalade

Et m’éloigne du petit-bois.

AOC n°62

Un numéro spécial concours Visions du futur, ce la promet de bons textes. Le concours est organisé par le Club Présences d’Esprits. Petit topo sur les quatre textes lauréats de la session 2021.

  • Accessit : AB+ de Morgane Guilhem

Un tapis. Où l’on trie, nettoie, met en tube des souches ADN. Parce que les Humains ne peuvent plus se reproduire. Parce que les Autres peuvent leur fournir les souches nécessaires. Pour prix de leur accueil, puisqu’ils sont réfugiés. L’histoire officielle raconte l’Arrivée, quand ils ont cherché refuge sur une Terre où les Humains risquaient de disparaître. Coup de chance, ils sont génétiquement très proches.

Malgré le côté classique du dénouement, le développement de l’histoire est très bon. Atmosphère glaçante, sale, voir glauque, le futur ici proposé n’est pas rose, mais gris. On suit le personnage principal tout en essayant de comprendre – contrairement à lui, blasé – ce qui se passe dans cet univers qui semble avoir déraillé. Même classique, la fin marque malgré tout.

  • 3e prix : Dissémination de Sasha D. Page

Kaheni est en symbiose avec la ronce, ce qui lui a permis de devenir une guerrière redoutable, et d’échapper au sort de très nombreuses femmes : une fleur délicate fait d’elles de dociles jouets pour les hommes. Le chef du cartel l’envoie en mission pour récupérer une graine qui fera d’une autre femme une esclave parfaite, Kaheni lui obéira-t-elle ?

Malgré des ingrédients que l’on retrouve souvent en urban fantasy (je pense notamment à la façon dont les personnages féminins sont mis en scène) et qui m’ont un instant fait craindre de passer à côté du texte, j’ai complètement accroché à cette histoire. Le principe de la symbiose est vraiment très intéressant, et la façon dont l’autrice le lie à l’image de la femme est bien trouvé. La trame de fond s’est aussi avérés davantage fantasy que je ne le pensais, avec un univers propre, que l’on entraperçoit. Impossible de lâcher le texte une fois commencé. J’ai bien envie de croiser le personnage de Kaheni dans d’autres histoires.

  • 2e prix : Shiawase Lady d’Agathe Tournois

Shiawase est un opérateur de téléphone qui équipe ses clients de puces neurales. Pour les rassurer et montrer leur intérêt, il a créé les Shiawase Lords and Ladies, des hommes et des femmes que l’entreprise recrute pour devenir les anges gardiens de ses usagers. Chitose rêve de se voir proposer cet emploi, mais quand cela arrive, elle découvre l’envers du décor…

Deuxième texte d’Agathe Tournois que je lis par l’intermédiaire d’AOC, j’ai été vraiment emballée par celui-ci. Le principe Shiwase et le monde libéral et aliénant décrit dans ce texte est vraiment très bien pensé. L’histoire se passe au Japon, et pour qui lit des mangas, il est impossible de ne pas y penser lorsque l’autrice décrit ses personnages et certains éléments de la vie lycéenne. Comme pour la nouvelle que j’avais précédemment lue de l’autrice, j’apprécie la note positive sur laquelle finit son texte.

  • 1er prix : Camara Transfer d’Olivia Cabanaz

Dans cette lagune du bout du monde, Peppe attend. L’enfant ne sait pas très bien pourquoi il est là, mais il aime bien cette vie comme suspendue, éclairée par la présence de Soralyn. Soralyn, elle, est prise au piège ici, comme tant des misérables qui vivent dans ce coin perdu. Peppe, déchiré entre le désir de voir son amie heureuse et la crainte de son départ, devra choisir.

Un premier prix largement mérité pour cet écrit. En plus de l’univers foisonnant que l’on entrevoit, le style de l’autrice a une vraie présence. En quelques traits, le lecteur se retrouve propulsé dans une ambiance bayou dépressive mais pas désespérée. Les concept brassés par l’autrice m’ont fait penser un instant au Livre écorné de ma vie de Lucius Shepard (le malaisant en moins). La façon dont cela vient mettre en relief tout ce qu’elle a construit autour est assez génial… sur un truc de rien, on part dans des possibilités assez folles. Chapeau.