une certaine idée de la liberté. (2/3)

Dans un premier temps, elle sursautait à chaque fois qu’elle entendait la clef tourner dans la massive porte en métal.
Des mois que son quotidien était rythmé par ces ouvertures et fermetures brutales. Des mois qu’elle entendait crier, insulter, beugler. Chaque soir en s’endormant, le film de la journée se rejouait, avec une amplification des bruits, des odeurs, des hurlements.
A présent, elle commençait à s’habituer à tout ce bordel.

L’idée de vivre comme un rat dans à peine neuf mètres carré n’était pas prévu dans son programme. Elle avait plutôt imaginé jouer la pauvre mère épleurée devant les caméras de TF1, celle à qui l’on écrit pour partager sa peine, celle que l’on invite sur les plateaux télé pour parler de sa terrible souffrance d’avoir perdu son seul et unique bébé.
Mais non, rien de tout ça. Si cette conne de proc n’avait pas attaché autant d’importance à la lecture du rapport d’autopsie et l’aurait survolé comme on le fait d’une publicité pour des promos sur la viande à Auchan, elle aurait pu accéder à la gloire du panthéon du petit écran. Mais non.

Au lieu de cela, tout s’était enchainé à la vitesse d’une femme faisant ses soldes chez H&M une fois l’an. Garde à vue, prolongement de la garde à vue. Déferrement au tribunal, audition, rencontre avec la faune judiciaire, avocat, greffier, juges multitâches à l’instruction, des libertés…
Au final, en quelques jours, elle en savait autant sur le fonctionnement d’un commissariat et de la Justice française, qu’en dix ans à mater Navarro, Julie Lescaut et autres émissions de Julien Courbet et ses avocats justiciers.
Tout ça pour finir inculpée de meurtre au premier degré sur mineur de moins de quinze ans, alors qu’elle voulait simplement recommencer sa vie. La poisse.

Depuis, tout semblait avoir repris son bonhomme de chemin. C’est vrai que c’était légèrement abusé de vivre dans un si petit espace. Elle avait bien pensé écrire et demander une suite un peu plus spacieuse mais l’idée qu’on lui colle une co-détenue l’avait quelque peu refroidie. Il faut dire que, comme à l’école primaire ou au collège, elle ne s’était pas fait beaucoup d’amies depuis son incarcération.
Innocemment, elle imaginait qu’il existait une solidarité entre les murs. Toutes sont là pour un délit ou un crime, alors qui sont elles pour juger? En effet, c’était bien innocemment, car une fois descendu du fourgon après qu’il eut été décidé de son placement en détention, les regards avaient de suite été peu avenants.

Des surveillantes aux détenues, elle lisait leurs dégouts, la répugnance, voire la haine sur leurs visages. Tout comme les pointeurs, les mères infanticides ne sont guère en odeur de sainteté. Les jours passent et plus son idée du bonheur prenait une autre tournure.
Peut être qu’au final son père avait raison de dire qu’elle n’était qu’une pauvre conne. Avec un petit sourire, elle su que non. On obtient pas sa liberté sans perdre un peu. De toute façon, elle l’avait toujours dit, ce gosse, il ne lui ressemblait pas.

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