Un Cadeau Original

Bien à toi, Frérot.


« Allons Teddy, c’est l’heure de se lever, allez ! »
Chaque matin la même rengaine ; parce que mademoiselle ne parvient pas à se lever, elle rejette la faute sur moi. Je ne bouge pourtant pas, attendant qu’elle se lève et descende déjeuner. Ensuite, si elle n’a pas école, elle revient me chercher. Ce jour là, elle revint, me prit par la main et s’exclama, toute heureuse :
« Grand Frère part demain, je dois lui trouver un cadeau ! Et tu m’accompagnes ! »
Encore une de ces journées où elle m’emmène partout. Mais je l’aime bien, cette petite. Elle prend soin de moi, elle me donne des câlins, des tendresses, et sa conversation compense mon mutisme. Elle est vraiment agréable à vivre.
« Que crois-tu que Grand-frère puisse vouloir ? Il est trop grand pour les peluches, il ne doit pas tellement apprécier les fleurs, il a déjà vu tous les films que je connais… des jeux peut-être ? Allons voir ! »
Première visite : Game Store, le magasin de jeux-vidéo de l’Avenue de la République. Elle nous fit faire le tour de tous les rayons jusqu’à trouver le rayon adapté. Nous regardâmes ensemble plusieurs piles de jeux, mais chaque boîte la répugnait un peu plus.
« Grand frère est déjà assez violent comme ça, inutile d’en rajouter. »
Nous sortîmes alors du magasin pour trouver un pull, ou une écharpe. Mais, ça aussi, elle finit par trouver que c’était une mauvaise idée.
« Allons Teddy, aide moi. Pas de vêtement, pas de jeu, ni de film, pas de peluche, pas de fleurs… Ah, qu’il est compliqué ce grand frère ! »
Elle nous emmena alors au centre commercial, où nous fîmes tous les rayons de tous les magasins. Elle entra même dans un Dock Game, un Flora et un Sephora, là où elle avait le moins de chance de trouver son bonheur. Finalement, nous nous assîmes sur un banc et nous nous regardâmes les yeux dans les yeux.
« Je ne sais pas vraiment ce que je cherche, tu sais ? Juste quelque chose qui lui montre que je pense à lui… quelque chose auquel il puisse se reporter quand il ne va pas bien. Comme moi, quand je te… Mais oui ! »
Elle courut alors vers un magasin de jouet, m’entrainant à sa suite, puis se dirigea hâtivement vers le rayon peluches.
« Il trouvera ça idiot, ce benêt, j’en suis sûre. Mais quoi de mieux qu’un ours en peluche pour exprimer le réconfort, les câlins, l’amour… ? »
J’entendis alors les soupirs de soulagement de mes frères ; ils étaient on ne peut plus rassurés d’entendre ma maîtresse parler. Ils comprirent tout comme moi qu’elle savait ce que nous étions, pas comme tous ces enfants qui nous aiment puis nous abandonnent, pas comme tous ces gens qui ne voient en nous que le symbole bénin de l’enfance. Ainsi, en cette heure, ils espéraient tous secrètement d’être choisi, certains même tentaient de tomber discrètement dans ses mains délicates.
Elle les regardait tous avec attention, puis en sélectionna un, sûre d’elle, comme si aucun autre ne pouvait aussi bien exprimer ce qu’elle ressentait.
« Maintenant, mon ami, j’espère que tu sauras prendre soin de mon frère aussi bien que j’aimerais pouvoir le faire moi-même. Je te fais confiance. »
Et sur ces mots, elle se dirigea vers la sortie du magasin, satisfaite, emportant avec elle la tendresse qu’elle offrirait à son frère le lendemain. Allait-il comprendre ?

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