Tenir ses ennemis proches

Éditorial de Benoit Charette

Vous connaissez le vieil adage qui dit que l’ont doit se tenir près de ses amis et encore plus près de ses ennemis. Bien des compagnies automobiles commencent à douter de la sincérité des Chinois d’aller de l’avant avec les nouvelles technologies. À bien des égards, il semble que la Chine emprunte des développements technologiques qui viennent d’ailleurs et les utilisent à leur fin.

les chinois dur négociateur

Voici un exemple concret : La Chine demande à Chevrolet de lui divulguer certains de ses brevets afin que la Volt bénéficie de primes à l’achat. On demande ainsi à Chevrolet de renoncer à au moins une partie de sa propriété intellectuelle si le constructeur souhaite que la Volt soit éligible à la généreuse prime à l’achat proposée par le gouvernement. Le gouvernement souhaite que le pays ait la mainmise sur au moins une des trois composantes clé du véhicule à savoir le moteur électrique, les batteries ou encore l’électronique embarqué.

Évidemment, Chevrolet est plutôt réticent mais se retrouve dans une situation difficile. Le constructeur pourrait en effet toujours vendre sa voiture en Chine, mais passerait à côté d’un généreux bonus de près de 20 000 dollars par véhicule. Un procédé légal ? Pas vraiment si l’on en croit les experts qui affirment qu’un pareil chantage viole les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Pour la Chine, si sa technique fonctionne elle ne peut être que positive : un transfert de compétences revient en effet largement moins que développer soi-même l’expertise. Et ce stratagème se répète dans tous les domaines de haute technologie. Or les Chinois sont réputés pour être les maîtres du plagiat et utiliser sans scrupule une technologie qui vient d’ailleurs à leur propre besoin. Il est en effet impossible de faire affaire en Chine sans partage de technologie. Ainsi Volkswagen et General Motors qui ont consenti à partager une partie des secrets de leur technologie électrique ont été capable dans les jours qui ont suivi la ratification du contrat d’ouvrir une usine de fabrication en Chine. Sans ce partage, il aurait impossible d’ouvrir ces usines. En plus de GM et Volkswagen, Daimler, Suzuki et Nissan ont tous signé un accord de partage technologique pour les véhicules électriques. Pourtant, il ne s’est pas vendu un seul véhicule électrique en Chine l’an dernier et son coût encore prohibitif le met hors de porté des acheteurs chinois.

Une forte pression pour un marché lucratif

Dans un marché aussi saturé que l’automobile, la Chine représente un véritable Klondike où il y a encore beaucoup à faire. Et les Chinois font payer le prix fort à ceux qui veulent s’établir chez eux. Toutes les compagnies qui sont partenaires des grandes sociétés, automobiles et autres, sont propriété de l’état. C’est comme si GM, Daimler et Volkswagen partageaient leurs secrets avec le gouvernement Chinois. Les appels d’offre n’existent pas, ce sont les sociétés d’état qui reçoivent tous les contrats et vont sous-traiter avec des firmes étrangères qui possèdent la technologie nécessaire, mais ces derniers doivent partager leurs secrets. Une pratique qui commence à laisser un gout amer à bien des fournisseurs. Un exemple parmi d’autres, la compagnie japonaise Hitachi qui a fourni des modules de commande pour les TGV Chinois.  Si Hitachi a accepté de fournir de la technologie non disponible en Chine, elle a cependant scellé le module de commande en question pour empêcher la Chine de la copier. Malheureusement, la Chine qui maîtrisait mal cette technologie n’a pas fait une installation adéquate et deux trains à grande vitesse sont entrés en collision plus tôt cette année causant plus de 40 morts et 200 blessés. On redoute maintenant que d’autres compagnies utilisent le même stratège en camouflant une partie de la vérité ou simplement en ne donnant pas la technologie la plus récente.

Un pari risqué

En forçant les multinationales étrangères à dévoiler des secrets industriels, la Chine court deux risques. Le premier provient du manque de formation de la main-d’œuvre chinoise qui bien souvent ne comprend pas toutes les subtilités des applications des plus récentes technologies. Le deuxième pourrait  selon les analystes, prendre la forme d’un plan B. Ce qui veut dire que les grands constructeurs automobiles vont se plier au strict minimum nécessaire sans dévoiler les plus récents développements.  La Chine a encore le gros bout du bâton car son marché est crucial pour la croissance de plusieurs grandes compagnies, mais sa cote d’amour et bien faible et le jour où le levier économique ne fera plus parti de l’équation, la Chine risque d’être bien seule.

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