Rendez-vous devant une église

Elle l’attend.
Le soir est tombé.
Les gens se pressent pour rentrer dans l’église. Les cloches sonnent, imperturbables et elle frémit.
Il fait froid et comme d’habitude elle est en avance.
Comment serait-ce autrement puisqu’elle est partie de chez elle une heure avant le rendez-vous alors qu’elle sait pertinemment que le trajet ne dure que dix minutes.
Elle a d’abord tourné en voiture. Puis elle a garé sa petite voiture bleue sur la place, juste à côté de l’église. Elle aurait bien écouté la radio mais on la lui a volée… pour la deuxième fois en un mois. Elle n’a plus de radio et peut juste écouter le silence. Alors, elle sort et tourne autour de l’église. Elle est impatiente, ravie… on pourrait presque dire heureuse.
Elle ne sait pourtant rien.
Elle ne s’est pas habillée pour ce rendez-vous.
Elle est restée elle-même.
Un jean, un pull à col roulé. Son manteau noir et l’inévitable écharpe tricolore autour du cou, mauve, kaki, pourpre.
Elle sent encore légèrement l’eau de toilette de l’autre. L’autre… Elle ne veut surtout plus y penser. Ne pas renifler l’écharpe pour s’enivrer de son odeur. Elle a mis ses nouvelles chaussures. Dix minutes pour les mettre, le double pour les enlever, mais elle les aime et se sent bien dedans.
Elle est jolie mais surtout elle est elle-même.
Juste en avance par principe, par parce qu’elle est en attente de quelque chose.
Elle est contente, sourit… Elle aime le cinéma et ce soir elle va revoir un film qu’elle a adoré.
Qui est assez débile que pour fixer rendez-vous à 17 heures devant une église sur une des places les plus chics de Bruxelles ?
Elle, bien sur !
Il est 17 heures, les cloches sonnent.
A la seconde précise où les cloches retentissent pour la deuxième fois elle voit sa voiture arriver.
Il se gare devant l’escalier qui mène à l’église.
Elle lui sourit à travers la vitre, ouvre la porte et en éclatant de rire lui dit « Et bien il en aura fallu du temps pour notre second rendez-vous ».
Elle ferme les yeux un quart de seconde et se souvient de tout à cet instant précis.

copyright Juliette Boon

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