Quels bruits feront les moteurs de demain ?

Éditorial de Benoit Charette

Personne ne s’est jamais posé la question. En effet, depuis que les voitures existent, elles ont toujours été passablement bruyantes. Des premiers 4 cylindres sans échappement au premier V8 qui rugissaient, chacun époque à eu son lot de moteurs qui pétaradaient joyeusement. Donc, pas de problème à se faire entendre.

Nissan Leaf

Nissan Leaf

Toutefois à l’heure où les hybrides commencent à faire de plus en plus partie intégrante du paysage et avec les premiers véhicules électriques qui arrivent sur le marché cette année, il faut se poser la question : Faudra-t-il ajouter un bruit à ces voitures pour qu’elles se fassent entendre, particulièrement dans les zones habitées.

Avec des membres de l’équipe J.E. de TVA, nous nous sommes amusés à faire un test très simple au cours de l’été. Dans le chemin qui mène à la marina de Longueuil, nous avons, à bord d’une Nissan Leaf, suivi des cyclistes qui se dirigeaient vers la piste cyclable le long du Saint-Laurent. Le petit exercice était simple, nous roulions lentement derrière les gens en attendant qu’ils remarquent notre présence. Nous avons fait le test quatre fois avec quatre cyclistes différents, et, dans tous les cas, aucun n’avait remarqué notre présence. C’est l’animatrice Annie Gagnon qui, en leur disant bonjour, venait de faire remarquer notre présence. Conduire une voiture électrique est une expérience zen pour les occupants, mais également stressante dans les ruelles les plus étroites où, faute de bruits mécaniques, les piétons ne vous entendent pas arriver.

Un générateur de bruit

Les constructeurs de véhicules électriques devront sans doute implanter sur ces autos silencieuses un… générateur de bruit ! Celui-ci devra émettre des sons dans une certaine plage de fréquences, avec une variation de la note sonore selon la vitesse (plus aiguë quand l’auto roule plus vite). Il faudra penser à faire ce bruit à tous les régimes moteur. Notre Nissan Leaf émettait à plus haut régime une sonorité résolument moderne, façon soucoupe volante, dans les médiums-aiguës. Le « bruiteur » devient inutile à partir d’une certaine vitesse, le bruit de roulement des pneumatiques prenant alors le relais; et sur l’autoroute, nul besoin de tels artifices, il faudrait donc penser à ces détails en ayant un bruiteur sur demande.

Il faudra aussi établir des normes

Faire du bruit semble au départ assez simple, mais quel genre de bruit faut-il faire ? On reconnaît immédiatement une Ferrari par le chant haut perchée du moteur. Même chose pour la sonorité unique d’un moteur V8 américain qui grogne de bonheur. Comment distinguera-t-on un moteur électrique de Mercedes-Benz d’un moteur électrique de Toyota ? Qu’est-ce qui distinguera le modèle haut de gamme du bas de gamme ? Le moteur électrique émet la même sonorité, peu importe quel constructeur l’utilise. Le conducteur pourrait-il avoir le choix d’un menu sonorité : gros V8 américain guttural, onctueux 6cylindres en ligne allemand ou V12 Italien !

Il reste naturellement beaucoup de travail à faire à ce sujet; les voitures électriques en sont encore à leurs premiers balbutiements. L’espérance de vie des moteurs à essence est encore très bonne, mais il faut se poser la question et établir des normes, sinon, comme dans tout ce qui n’est pas inclus dans un mode d’emploi précis, les gens iront dans toutes les directions, et ce sera l’anarchie avant même de commencer. Il y a encore beaucoup à faire, mais la sonorité fait parti de l’expérience automobile; elle devra être discrète mais agréable à l’oreille. Tout ce que je souhaite c’est de vivre assez vieux pour entendre encore de véritables V12 monter joyeusement en régime.

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