Polar-Express

Montage R et F Jacq

 

    Tu sais quoi ?, le type assis en face de moi a un révolver accroché à sa jambe droite, sous son pantalon. Si, je t’assure, je l’ai vu quand il a croisé ses jambes. Je chuchote, c’est pour qu’il n’entende pas ce que je te raconte.
    En plus, la femme à côté de lui est sa maîtresse ou sa complice, j’en suis sûre. Ils font semblant de ne pas se connaître. Quand on fait semblant c’est qu’on a quelque chose à cacher, non ? A un moment, j’ai vu, son genou à lui a touché le sien. Il s’est excusé, elle a souri. Il a recommencé, exactement vingt secondes après. Il s’est encore excusé, elle a encore souri. C’est un code, c’est sûr.
    Bon, arrête de blaguer, c’est pas le moment, tu vois bien que c’est dangereux ! Non, il ne me regarde pas, pour l’instant, il ne sait pas que je parle de lui. Il a des lunettes noires, comme sa complice…., mais je suis sûre qu’il n’a pas encore vu que je m’intéresse à lui. Comment je le sais si je ne vois pas ses yeux ? J’en suis sûre, c’est tout. Tu peux me faire confiance, je sens bien ces choses-là.
                                                                    
   ….
                                                                  
   Ecoute, je suis allée aux toilettes. En me retournant, j’ai vu que le type était sorti dans le couloir et qu’il me regardait. Je me suis enfermée et je suis restée là. Et puis, j’ai entendu qu’on essayait d’ouvrir la porte. J’étais sûre que c’était lui, je n’ai pas bougé, tu penses. Ca a duré longtemps ? Oui, mais je ne sais pas combien de temps. Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Crier, appeler ? Tu es folle, qui serait venu ? En tout cas, ça n’a pas arrêté de secouer la poignée. Et moi, je restais là, bien cachée.
    Et puis, j’ai entendu quelqu’un qui parlait, à travers la porte. Il a dit « Je suis le contrôleur…, vous êtes malade ? Sortez de là, les gens attendent. » J’ai pensé que c’était encore le type, qui racontait des coups pour me faire sortir, je n’ai pas bougé. Alors on a fourraillé dans la serrure, la porte s’est ouverte, j’étais rudement gênée, il y avait le contrôleur et au moins cinquante personnes, qui me fixaient avec des yeux furieux.
J’ai filé dans le couloir. J’ai vu le type, avec ses lunettes noires et son révolver sous le pantalon, qui me regardait. Je suis passée à côté de lui pour entrer dans le compartiment, j’avais la trouille.
    En m’asseyant, j’ai vu que sa complice lisait un livre, j’ai lu le titre, « La fleur de jade », tu te rends compte ? De la provoc ou de l’inconscience… Et l’air très absorbée ! Quand on fait semblant, je te dis, c’est qu’on a quelque chose à cacher…Comment ? Quoi ? Tu ne connais pas « La fleur de jade » ? Eh bien, c’est l’histoire d’un espion qui tombe amoureux d’une espionne… Pas du tout fleur bleue, plutôt sexe et sang, tu vois…
    Les dénoncer au contrôleur ? Tu rigoles ! Trop dangereux. On entre en gare, tiens. Je coupe, si, si, je coupe. Je vais filer, parmi les gens dans le couloir. J’ai pas envie qu’ils me suivent. Je vais courir sur le quai, je sauterai dans le bus. S’il le faut, je dirai au chauffeur de démarrer sans attendre. Je ne peux pas faire ça ? Eh bien, c’est que tu n’as jamais été en situation d’urgence… Je n’ai pas envie, tu vois, qu’ils arrivent derrière moi, en courant, qu’ils montent dans le bus avant qu’il roule , qu’ils me regardent à travers leurs lunettes noires, et qu’ils ne me lâchent plus jusque chez moi !… Allez, je coupe…
    Le type est revenu dans le compartiment. En s’asseyant il a encore touché le genou de sa complice, ils se sont regardés. C’est clair, non ? Maintenant, il se lève pour descendre sa valise. Je suis sûre qu’il y a une kalachnikov dedans. Oui !… Arrête de ricaner, ça n’a rien de drôle ! En tout cas, si je ne t’appelle pas du bus, tu sauras ce qui te reste à faire, non ?, je compte sur toi. Voilà, le train s’arrête…, je coupe, et je file… Bisous.

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