Oh désert de mots, désert de désirs, libère-moi.

Enfin, la tempête s’était arrêtée.  Les grains de sable avaient cessé de me fouetter le visage, de me cicatriser la peau et de me torturer par leur brutalité et leur venue si prompte.  Après la pluie, le beau temps.

Mes yeux, encore plissés par les violentes bourrasques, par ce vent barbare et féroce qui me martyrisait, avaient du mal à retrouver leur totale visibilité.  Ils peinaient à pouvoir s’ouvrir entièrement, à dévoiler leur bleu clair.  Cette couleur cristallisée par les nombreuses perles de larmes qui avaient été de passage.  Oui, la tempête s’était éclipsée et elle n’était plus, mais un sentiment d’insécurité m’avait envahi.  J’étais laissé à moi seul, dans ce désert.  Désert aux milles grains de sable, désert de mots et de rêves.  Je pouvais maintenant marcher paisiblement, en toute confiance et en toute sécurité… Mais pourquoi, pourquoi avais-je le sentiment que quelque chose m’y empêchait?  Comme si je m’étais habitué à la tempête, à la misère, à la résistance, à avoir un coeur de pierre.
Cette liberté, je ne la connaissais pas.  Je ne la connaissais plus.  On me l’avait retiré, on m’avait engouffré dans ces terres du milieu, on m’avait laissé à moi-même et on m’avait dit de me débrouiller, que c’était mon tour et que jamais personne ne viendrait me chercher.  Au début, c’était bien.  Vous savez, je suis un être solitaire.  Non, non, je suis loin d’être antisociale, mais j’aime bien être seul avec ma personne.  Un être comme ça, vous n’en rencontrez pas beaucoup.  Mais à tous, si vous leur infligez cette misère, peu importe qui est-ce, aucun d’entre eux n’aimera l’expérience.
Maintenant, je devais décider de la suite.  L’épilogue n’était pas encore écrit, mais je devais le faire.  La chute, on l’avait passé depuis un bon moment.  Les péripéties, vous ne voulez même pas en entendre parler.  Mais le dénouement, il était maintenant entre mes mains.  Enfin, les miennes, mais aussi les siennes.  À ce désert, à ce vide.  Voulait-il que je m’en sorte indemne, ou encore voulait-il me sévir de mon imprudence et de mon ignorance?
Un pied devant l’autre.  Il fallait que je commence par la base, par le début.  Je devais réapprendre à vivre, à fonctionner… Je renaissais maintenant.  Peu à peu, mes yeux retrouvaient leur liberté de vue.  Je voyais maintenant ce qui m’entourait.

Dunes de sables, ciel bleu sur l’horizon… Et c’était tout.  J’aurais pu passer des heures à vous décrire le décor, à vous faire imaginer l’environnement, à vous entrer dans la situation dans laquelle je me situais, à vous permettre de vous y croire, mais… À quoi bon?  Il n’y avait rien à dire, car tout ce que je voyais, c’était du sable, du sable, et un ciel bleu.  Ah, oui, il y avait quelque tâches blanches sur ce ciel si blême, mais c’était tout.
Je voyais aussi des rivières d’eau froide, d’eau pure et d’eau délicate.  Une eau douce, qui vous caresse la peau, si délicate qu’elle vous donne des câlins et vous fait sentir soyeux.  Bon, j’aurais bien voulu m’y plonger et m’y laver – j’en avais bien besoin… Les tempêtes de sable, ça ne vous nettoie pas, hen! – mais je ne faisais que les voir.  Il est certain qu’elles n’étaient que le fruit de mon imagination.  Avoir une imagination fructueuse comme la mienne, si frivole et futile, ça vous bourrasse les idées.
Bref, je continuais, tant bien que mal, à essayer de marcher dans ce désert vide.  Si vide que de plus en plus, je commençais à croire qu’il y avait quelque chose au loin, à l’horizon.. Une silhouette svelte et ombrée se tenait là, devant le plombant soleil de l’aube.  J’en étais sûr, c’était elle.  Qui d’autre pourrait venir me chercher dans cet abîme de solitude? J’aurais pu crié à l’agonie, du plus fort que mes poumons le pouvaient, crier jusqu’à en perdre le souffle, jusqu’à avoir l’impression que je me noie, crier à tue-tête, jusqu’à ce que ma gorge m’irrite, que mes cordes vocales me demandent d’arrêter et que mes amygdales me supplient de cesser de les ébranler.  J’aurais pu, mais personne ne serait venu.  Je savais bien que certaines personnes pensaient à moi, ho oui je le savais, ils me l’avaient bien écrit, mais… l’encre, ça disparait.

Alors, il y avait bel et bien quelqu’un, c’était sûr, et ça ne pouvait être qu’elle.  J’aurais pu la reconnaître dans une pièce d’un sinistre noir, de dos, derrière un mur et les yeux bandés.  C’était le sentiment de sa présence qui prédominait sur son apparence.  Peu importe où je me situais, si elle était proche, je le savais.  Et présentement, je le savais.  Elle était là-bas, et se tenait debout, la main ouverte au bout de son bras tendu en guise d’aide.  Elle voulait me sauver de ce périple, c’en était sûr.  D’ailleurs, pourquoi ne l’aurait-elle pas fait? Après tout, je suis son amour, son fidèle compagnon, je suis son coeur…  C’était bien sûr qu’elle allait revenir.
Mais… Vous savez, tantôt, je vous ai dit que maintenant, j’étais insécure après cette tempête?  Et bien voilà que je ne savais plus quoi faire.  Ma témérité et ma coriacité en avaient pris un coup.  Je ne savais plus ce qu’il fallait faire, et de plus, ma perspicacité entrait dans la mise.
Est-ce que je devais courir vers «elle», les bras tendus vers l’avant et les yeux fermés, courir dans le vide, dans l’insouciance, dans l’ignorance et dans la naïveté? Je ne savais pas si j’avais encore envie de me perdre dans le désert, dans ces dunes de sable et dans cette mare de danger.  Était-ce un mirage, ou réellement un oasis?  J’aurais bien voulu vous dire que ce que je voyais, c’était du domaine physique, mais je ne m’en souviens même plus.  C’était bel et bien disparu…

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