Nostalgique léthargie

Suite à l’immense succès de ses articles « Meurtre à Cozumel » et « Le Photographe » nous offrons à nos lecteurs une nouvelle collaboration spéciale du Dr Champagne, demeuré sur place suite aux événements que vous connaissez.

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Le Dr Champagne

C’est au tour du photographe de faire ses valises.

Je suis resté derrière pour documenter le désarroi dans lequel Cozumel au grand complet est plongé.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’avec le départ de Mlle S et M. B, tout a pris une débarque ici. Le trio infernal est une chose du passé.

Les serveurs pleurent le départ des seuls vacanciers courtois de la place.

Les nachos ramollissent, les daiquiris sont fades et les helados ont déjà fondu.

Les divemasters ont perdu de leur entrain. Les bulles des plongeurs tardent à faire surface.

Les tortues ne traversent plus les rues, par crainte de se faire écrabouiller.

Les drapeaux sont en berne.

Et il y a tous ces plongeurs qui m’ont demandé ce que mes acolytes et moi avaient vu aujourd’hui: « What did y’all shoot today? A shark eating a huge grouper? A whale dancing with a manta ray? Come on, why dontcha show us what you three ran into?

-We split. It’s over dude. The magic is gone. All but for memories »

Les plongées d’aujourd’hui ont, selon les plongeurs, été sobres en émotions. Une ou deux tortues, quelques poissons drabes. Des coraux.

C’est vraiment Cozumel au complet qui peine.

J’ai pris la peine de faire une petite plongée du rivage, en solo, pour confirmer la gravité de cette léthargie post SBM, ce fameux trio qui attirait les poissons de toutes les Caraïbes sur leur chemin.

Que dalle.

Les Arrow crabs sont allés se coucher, les anémones étaient en boules, pas de Scorpion fish. Oubliez tortues, plies, raies et tortues. Hippocampes? Long gone.

Tout ce que j’ai vu, alors que je filmais ma dernière séquence et en respirant mes derniers PSI d’air comprimé, c’est ce poisson en mal de vivre.

Qui gisait sur le dos, au fond de l’eau, pas loin des hamacs.

Qui a dû nous voir se dire au revoir et, lui aussi, réaliser que c’était bel et bien terminé.

Lui qui rêvait d’être une star sur internet, je l’ai vu pleurer comme on pleure une peine d’amour. À bout de souffle, recroquevillé.

En voici un court extrait vidéo, à regarder avec les pièces suivantes en guise de trame sonore:

« J’ai la tête qui éclate, j’voudrais seulement dormir. M’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir »
(Le monde est stone, Plamondon)

« the sun has fallen down,
and the billboards are all leering,
and the flags are all dead,
at the top of their poles »
(Dead Flag Blues, GYBE)

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