Marie 4

Marie n’a jamais oscillé, ses comportements rythmaient l’union de manière linéaire. Marie ne criait jamais, elle disait ne pas savoir le faire. L’autre commençait par employer l’agacement lorsqu’elle s’adressait à Marie. Marie savait à présent. Marie n’était qu’une onde au choc de l’autre, elles deux produisaient des vagues qui se répondaient en échos. C’étaient des vagues simplement que percevaient les autres autour. On pouvait encore nager entre les portes qui claquaient, entre les barrières d’oreillers et l’indicible indifférence de l’autre. Marie ne remarquait pas, Marie lisait, Marie patientait. L’autre croyait trouver au-dehors, dans l’emploi, ce qu’elle ne retrouvait plus chez l’enfant, elle scrutait d’autres admiratrices. Marie ignorait, l’autre s’arrêtait de vivre si elle était hors de sa vue, ce que l’autre était en-dehors de ses regards ne l’avait jamais intéressée. L’autre voulait fuir, l’autre s’acharnait dans un désespoir à s’accommoder du vide, de cette Marie à l’oeil-avaleur.

Marie dévorait, son inaction était un monstre, elle volait l’air pur et frais de l’autre, Marie humait le parfum de l’inconnue, cette autre autre à laquelle s’attachait le professeur.

Marie n’eût que l’odeur, Marie n’avait rien vu, Marie ne savait pas.

Elle ruinait sa jeunesse dans un lit commun à une autre, une autre apprivoisée jusque dans les gestes les plus intimes et qu’elle prenait le plus grand plaisir à reproduire, avec un sens du détail inouï.

Le fil de la lampe de chevet perpendiculaire au mur avant de plonger la chambre dans l’obscurité. C ’étaient deux jumeaux dans un même ventre, aux mêmes rituels gênants, ceux qui font tousser l’étranger qui y assiste.

Marie la première fois fut fascinée, les rituels surprenants, les plus minimes, les ridicules, ceux-là surtout furent les mieux imités. Marie était fine observatrice. Marie n’avait jamais rien confié de ses manies à l’autre, Marie n’avait d’autre projet que celui de bien s’incruster, bien s’accommoder dans une vie adulte, déjà existante et rangée. Marie ne voulait pas dénoter, alors Marie s’intégra au mobilier. Marie devenait le quotidien. La maison de l’union : le lit, les pièces, les objets hétéroclytes de divertissement, et Marie.
L’autre savait que Marie serait à la même place, sur ce lit où elle l’avait laissée le matin même. Marie ne dirait rien, Marie attendrait l’ordre premier qui entraîne tous les autres. Marie, l’enfant, attendait l’amante pour agir. L’action c’était l’autre, l’autre ne lassait jamais Marie.

 

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