Lupus major (4)

Excusez le retard, mesdames et messieurs. Voici la suite.

Notre hôte nous reçut chaleureusement. Nous étions ses seules clientes, car c’était la saison morte. Elle nous souhaita la bienvenue et nous mena à notre chambre, à l’étage. Notre fenêtre donnait sur un grand balcon ouvert sur une falaise boisée. Elle huma l’air qui sentait la mer et la forêt, un large sourire sur son visage. J’avais oublié qu’elle avait passé son enfance dans un village semblant à celui-ci, mais, par un heureux hasard, mon doigt avait choisi cet endroit.

Nous sortîmes sur le balcon, traînâmes deux chaises-longues à côté de la balustrade et nous allongeâmes au soleil. Sa main dans la mienne, respirant l’odeur des vagues, je me sentais si sereine que le souvenir de la Gitane et du cauchemar s’effaça. Nous jouions en silence, les yeux fermés, enlaçant et délaçant nos doigts, caressant nos mains. « Je t’aime, lui chuchotai-je, pour ne pas gâcher le charme du moment.

– Moi aussi, mon amour », répondit-elle, et au son de sa voix je devinai qu’elle souriait.

Nous y passâmes une bonne partie de la journée. Nous y étions si bien, que nous demandâmes à notre hôte de nous y apporter le déjeuner. Nous nous sentions si libres à l’idée que nous pouvions paresser là-haut autant qu’on le voulait, sans avoir à compter les moments qui nous restaient. C’était un sentiment tout à fait nouveau et très agréable. Elle avait apporté un livre qu’elle feuilletait paresseusement et je fumais tout aussi lentement, admirant son profil délicat, l’éclat doré de ses cheveux, son épaule découvert par le pull qui avait glissé. Sentant mon regard, peut-être, elle leva la tête et me demanda :

« Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Je pris sa main gauche et embrassai le bout de ses doigts.

– Parce que je ne t’ai jamais vue aussi belle.

Elle eut un grand sourire et rougit légèrement. Elle ne s’était toujours pas faite aux compliments dont je la comblais tous les jours.

– Tu dis ça parce que t’es amoureuse.

– C’est bien vrai ça, je suis folle amoureuse de toi. »

Comme d’habitude, elle ne sut quoi me répondre et elle se pencha vers moi pour m’embrasser.

Nous sortîmes nous promener en début de soirée. Nous descendîmes lentement le chemin par où nous étions venues. A notre droite, la marée montante léchait la plage de ses longues vagues, berçant les barques et les bateaux de pêche échoués sur le sable. A gauche, le petit village s’animait peu à peu en vue du dîner. Nous longeâmes la mer, prenant de longues bouffées d’air salé. En la regardant du coin de l’œil, je me demandais si ce goût resterait sur ses lèvres. Au bout de la crique, niché dans la courbe de la route et caché entre un magasin de souvenirs et un glacier, se devinait le début d’un sentier qui montait sur la falaise, que nous empruntâmes. L’escalier en vieilles pierres se tordait, grimpant entre les rochers couverts de buissons, nous cachant parfois le village en bas, que les brumes du soir automnal commençaient déjà à dissimuler.

En haut, une grande statue veillait sur la crique, les bras grands ouverts comme pour s’envoler ou pour accueillir tous les marins de toutes époques. Nous nous assîmes sur un banc et je passai le bras autour de ses épaules. Ici-haut, rien ne faisait obstacle au vent, qui soufflait librement ; elle frissonnait. Le bruissement des feuilles sous la brise, le frémissement des vagues sous la falaise remplissaient le silence du soir. Au dessus du village se levait lentement la lune, blanche et presque ronde, et les fenêtres s’allumaient une à une, perçant les ombres ici et là. Un réverbère jetait une lumière faible sur la falaise. Nous ne parlions pas, pour ne pas gâcher le calme qui nous entourait. Seul un chuchotement serait passé inaperçu, se mêlant au murmure du vent.

C’est grâce à ce silence que j’entendis le bruit derrière nous. Je me retournai un peu vivement, la faisant sursauter, mais je ne vis rien.

« Qu’y a-t-il ? me demanda-t-elle tout bas.

– Chut !

J’étais inquiète. Je fouillais les buissons du regard. Une branche bougeait contre le vent, puis s’immobilisa un instant. Je me levai lentement, mais un instant plus tard, elle reprit son mouvement naturel. Il n’y avait plus aucun bruit.

– Rien, ce n’est rien… Rentrons, tu dois avoir froid, lui répondis-je, lui passant mon foulard autour du cou.

– Rentrons », répéta-t-elle, un sourire plein de promesses sur les lèvres.

Nous descendîmes le sentier désert et marchâmes en silence jusqu’à la maison d’hôtes, enlacées. Dans la chambre, elle tira le rideau et ouvrit la fenêtre. J’allai la rejoindre et la pris dans mes bras. Elle pointa du doigt l’étoile polaire.

« Regarde comme elle est belle…

Je lui caressai la nuque couverte d’un duvet blond.

– C’est toi, mon étoile polaire, je ne me perdrai jamais en te suivant », lui dis-je. Je lui embrassai le cou, l’épaule nue, puis ma main se glissa sous son pull. Je la sentis frissonner, puis elle se retourna, prit ma tête dans ses mains et m’embrassa longuement.

Ce soir-là, nous descendîmes manger fort tard.

Je cherche des opinions, des critiques, de préférence détaillées et justifiées, des corrections – je sais que mon français n’est pas encore parfait-, des suggestions. J’en posterai un fragment chaque dimanche.
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