Les Tunisiens de Montréal manifestent leurs espoirs

Quelques minutes avant le départ pour la manifestation

Par Julie Delvaux

Un grand sentiment de fierté flottait au milieu des flocons, ce samedi 15 janvier à Montréal, lors de la manifestation pour soutenir la lutte du peuple tunisien. Un nouvel espoir est né, comme l’exprimait la liesse des quelques 1500 manifestants brandissant leur drapeau : l’espoir d’instaurer une démocratie en Tunisie et d’y rétablir les libertés fondamentales. Le désir de servir de modèle aux autres pays du Maghreb est également omniprésent. Plusieurs Algériens et Marocains ont d’ailleurs participé à ce rassemblement.

Une perspective d’avenir encore fragile

La joie était pourtant teintée de prudence. Les manifestants craignent que le pouvoir retourne aux mains des partisans de Zine el-Abidine Ben Ali. C’est pourquoi ils ne soutiennent pas Foued Mebazaa : président de la chambre des députés, il a pris la tête du pays par intérim, ce samedi. « Tous les membres du gouvernement de l’ancien président doivent partir », dit un jeune tunisien présent à manifestation. Les prochaines élections prévues dans 60 jours n’apaisent pas non plus la majorité des militants. Ils pensent que c’est un délai beaucoup trop court pour instaurer un nouveau gouvernement solide qui réponde aux revendications.

Les organisateurs du mouvement réclament l’appui et l’intervention d’Ottawa, pour démocratiser le régime en place. Ils demandent à M. Harper de faire pression sur Tunis, afin de remodeler entièrement le pouvoir actuel et garantir la fin des violations des droits de la personne.

La démocratie et le respect des droits fondamentaux, dont la liberté d’expression, sont exigés. L’un des manifestants évoque d’ailleurs le rôle clé des cyberdissidents : « C’est avec l’aide des réseaux sociaux comme Facebook et Youtube que la révolte a pris de l’ampleur. » Pour rendre hommage aux militants qui risquent leur vie, une minute de silence a été observée devant le Consulat de Tunisie à Montréal. Le désir de « venger » le jeune diplômé, Mohamed Bouazizi, décédé il y a quelques jours des suites de ses blessures, était sur toutes les lèvres. Il représentait le désarroi des jeunes tunisiens et l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Une détermination sans faille

Les manifestants souhaiteraient voir Ben Ali et ceux qui ont tiré sur la foule, faisant de nombreux morts, condamnés par la justice. Ils accusent aussi le gouvernement d’être responsable des pillages qui sèment la panique en Tunisie. Un jeune homme explique : « Les gens qui sont arrêtés lors des scènes de violence et de vols, sont ceux qui défendent leur village des pilleurs. Les sympathisants au régime de Ben Ali cherchent à nous manipuler et à répandre la terreur ». Les Tunisiens se disent cependant déterminés à tourner une page de leur histoire.

C’est cette détermination qu’a salué Françoise David, la porte-parole du Québec solidaire. Elle soutient les tunisiens dans leur lutte et espère que les québécois s’inspireront de cette cohésion lors des prochaines revendications : « Le peuple tunisien nous montre la voie ». M. Dorion, porte parole des affaires étrangères du bloc québécois, a également exprimé son soutien. De nombreuses associations, comme Amnesty International, étaient présentes pour appuyer les demandes des manifestants.

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