Les cliniques de campagne

Nous attendions tous avec impatience notre seconde journée de travail au sein du SFPRP, car elle coïncidait avec notre première journée consacrée à la clinique de campagne. Ces missions en milieu rural constituent la raison première de notre venue en stage dans le Liaoning, et les attentes qu’elles suscitaient ont été amplement comblées.

Notre groupe s’est joint pour cette journée à une équipe composée de deux médecins, un infirmier et cinq médecins résidents chinois. Un voyage de deux en minibus à travers les champs et les parcs d’éoliennes, sur des chemins où le code de la route n’est qu’une suggestion, nous a amené dans un village satellite de Shenyang. Notre destination était une modeste église catholique entourée d’un potager où poussaient pastèques et maïs. À l’intérieur nous attendaient, tout sourire, une vingtaine de patients, agriculteurs et artisans de la région. L’accueil chaleureux qui nous a été fait nous est allé droit au cœur.

Pour l’instant d’un après-midi, les bancs de l’église ont fait office de tables d’examen où se sont disséminés les médecins et les patients qui leurs étaient attitrés. Nous avions avec nous le matériel nécessaire à l’installation d’une modeste clinique ambulatoire : électrocardiogramme, otolaryngoscopes, sphygmomanomètres, stéthoscopes et une valise remplie de médicaments faisant figure de pharmacie. Les membres de notre groupe se sont jumelés aux différents résidents et on eu la chance de les assister dans leur anamnèse et examen physique. Ce fût pour nous tous une expérience très valorisante qui nous a permis de réaliser les progrès déjà accomplis dans notre formation médicale. Les médecins résidents étaient par ailleurs très intéressés par notre apport à l’investigation et au diagnostic différentiel de problèmes allant du locomoteur à la cardiologie. Nous avons pu mettre en pratique nos connaissances dans un contexte tout à fait nouveau et radicalement différent de l’environnement très contrôlé de l’hôpital, auquel nous sommes habitués.

Parmi les problèmes présentés par les patients, soulignons une tachycardie auriculaire multifocale, un trouble d’anxiété généralisée chez une patiente inquiète et déprimée et un boitement important sévissant depuis plus de vingt ans. Nous avons été confrontés à une barrière langagière comparable à la Grande Muraille, malgré les efforts de traduction fournis par les résidents. Les paysans chinois ne comprenant strictement aucun mot d’anglais, nous avons du apprendre à communiquer de façon non verbale avec eux afin de nous faire comprendre lors des examens physiques. Cette situation, certes extrême, peut s’avérer être un avant goût de certains cas que nous rencontrerons avec les patients nouvellement immigrés dans les grands centres urbains québécois.

Nous avons également constaté la réalité souvent très dure des ressources limitées de la médecine de campagne. Les patients, la plupart des agriculteurs, n’avaient que très rarement une couverture d’assurance, et tous étaient manifestement démunis. Les moyens financiers et techniques disponibles pour les cliniques de charité confrontent quotidiennement les médecins à des choix et constatations difficiles. Par exemple, une femme âgée de 78 ans se présentant pour des douleurs abdominales et des selles rares, anormales et noires s’est vue retourner chez elle avec pour directives de boire plus d’eau et de manger d’avantage de fruits. Hors, le médecin avait toutes les raisons de suspecter un cancer colorectal. Sans accès à l’équipement nécessaire à une simple coloscopie qui aurait pu dissiper nos doutes, le médecin n’a pu que suggérer à la patiente de se rendre à l’hôpital pour passer ce test, ce qu’elle a refusé, faute d’argent. Ce genre de drame est quotidien en Chine, particulièrement en milieu rural, où l’accès au personnel médical est rare. Plusieurs patients de cette journée n’avaient pas vu de médecin depuis plus de vingt ans !

Pour pallier aux coûts souvent exorbitants de la médecine occidentale, de nombreux chinois se tournent vers des remèdes traditionnels comme traitement de première ligne, ceux-ci étant plus accessible et peu dispendieux. Un défi particulier des médecins chinois est donc de conjuguer les médications ancestrales et modernes, exercice exigeant beaucoup de souplesse et d’ouverture d’esprit.

Cette journée de médecine de campagne a sans contredit été une occasion privilégiée d’apprentissage, tant culturel que médical. Elle a également suscité des réflexions profondes sur la pratique de la médecine.

Catherine et François

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