L’éphémère de Paula (nouvelle)

Paula, sans vouloir baisser la tête, admire fermement l’assemblée qui se tient devant elle. Elle ne pense à rien de négatif, tout paraît merveilleux. La vitre à quelques mètres devant elle, lui semble étrangement propre, elle ne peut distinguer aucunes impuretés, ni autres ondulations qui causeraient une perturbation visuelle. Les visages postés derrière cette vitre ne l’effraient pas. Ce n’est pas la première fois qu’elle croise des têtes similaires. Aucune tension, aucune anxiété ne lui pèse, elle est heureuse, fière d’avoir accomplit certaines choses essentielles dans sa longue vie.

Effectivement, Paula a 64 ans, cette femme a vécu, a connu des moments de doutes, d’humiliation et de bonheur. Elle se souvient avoir perdu un frère à l’âge de 6 ans, elle n’en avait que 4 à l’époque. Edmund, voilà, c’est ça, son nom était Edmund. De plus, deux de ses frères sont décédés avant qu’elle-même ne naisse. L’un à l’âge de 3 ans, Gustav, et l’autre après sa dixième année, Otto. Et puis, une sœur également, Ida à seulement 2 ans. Le destin pour ses parents, n’avait pas été clément, c’est pourquoi elle admirait plus que tout son frère, le seul qui lui restait, elle partageait tout ce qu’elle avait avec lui. Elle en était heureuse, quasi amoureuse. Et lui, son frère, fière de sa sœur, la chérissait plus que tout. C’était un être attentionné, doté d’un don pour lui remonter le moral quand celui-ci était au plus bas. Leurs chemins se sont séparés, peut être trop vite, mais Paula ne gardait que des bons souvenirs de ce denier, c’est pourquoi elle s’en souvient à ce moment précis de sa vie.

Pourquoi se relate t-elle ce genre de souvenirs, de toute façon elle le sait, son admirable et généreux frère à disparu à 46 ans, et actuellement, elle n’est pas familière à la mélancolie. Elle veut profiter de la vie, de ce qui lui reste… Trop courte ? Trop longue ? qu’a-t-elle fait d’exemplaire ? Cette question ne peut quitter son esprit, elle la hante. La femme s’efforce à penser autre chose, mais quand une question vous taraude l’esprit, elle a du mal à vous lâcher. Sans réflexion elle se lance dans un résumé, un bilan de vécu, mais impossible ! Pourquoi ? se demanderaient certains, elle, le sait pourquoi… Inutile de se lamenter ; « ai-je réussis ma vie, aurais-je pu éviter ce genre de chose ? » Non, ces questions sont sans intérêt. Intérêt inutile pour étaler un quelconque bilan.

Puis surgit enfin de son esprit une idée des plus simples pour nous tous… mais tellement essentielle pour elle. Profiter de l’instant présent. Simple ai-je dit ?… Essayez un court moment pour voir. Peu de gens en sont capable sur demande, mais elle, étrangement, le fait sans aucune difficulté. Elle sent un air chaud lui monter le long de l’échine, elle ressent le contact de ses pieds nus sur le sol, froid comme la rosée des matins d’hiver. Un fil est présent au dessus d’elle, comme pour la tirer vers le haut, son corps, lui, semble monter, mais elle ne bouge pas, immobile, imperturbable. Elle prend conscience de son souffle, lent, décontracté, et ressent un frisson empli de bonheur lorsqu’elle effectue le moindre geste, si minime soit-il. Sans jamais s’en rendre compte réellement, ses sens se développent, elle perçoit le battement de ses spectateurs, pourtant postés derrière une épaisse fenêtre. Ils n’ont pas l’air de bouger, sont-ils vivant, est-ce un rêve ? Non, tout là l’air si réel…

Tout à coup, un homme se gratte l’oreille, mais pas n’importe laquelle, la gauche. Elle est persuadée que le reste du public n’a même pas prit conscience de ce fait si infime… Paula est heureuse, elle vit ce moment avec simplicité.

Mais là, une voix froide l’atteint, elle s’en rend compte, sans pour autant la perturber… « Que la condamnée soit exécuté ! » Un courant électrique lui parcours le corps et l’envoi ailleurs, elle est heureuse et s’enfuit vers un autre monde ou personne ne l’a jugera.

L’assemblée palpite, des gens se lèvent, Paula, la sœur admirative de son frère Adolf est décédée… Exécutée pour le simple fait d’avoir pu aimer un frère devenu criminel contre l’humanité.

Nouvelle inspirée de « Pauvre petit garçon » de Dino Buzzati

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