Le Sacrifice des dieux de Christophe MICHAUD

Résumé : Via un journal intime, nous suivons un enquêteur du Saint Office qui cherche à débusquer une secte sataniste. Malheureusement, ses recherches lui prouveront que les adorateurs ne vénèrent pas de simples démons, mais des dieux lovecraftiens. Au fil de son enquête, le narrateur plongera peu à peu dans la folie.

Les plus : Le travail impressionnant derrière le récit, chaque élément étant fortement documenté mais demeurant accessible à tous. Le traitement des différentes émotions et stades psychologiques du narrateur.
Les moins : Une liseuse ne peut parvenir à transmettre l’intégralité de l’effet "carnet de bord", il est donc préférable de lire le livre en version papier.

En bref : Le Sacrifice des dieux est un voyage inoubliable dans les terres de Lovecraft, jouant avec nos peurs instinctives et maniant le genre épistolaire à la perfection.

Note : 5

 

Mon avis :

Une fois de plus, cette lecture fut l’objet d’un partenariat avec le forum Have a Break, Have a Book, cependant, le livre ne fut pas proposé par une maison d’édition mais par l’auteur lui-même puisqu’il s’agit d’une auto-édition. Je tiens à le remercier pour ce voyage envoûtant dans les terres du fantastique et de la peur.

Le livre commence par une préface nous indiquant dans quelles circonstances l’objet a été découvert. Un procédé très prisé à une certaine époque afin de couvrir deux cas de figure : le premier ayant le but de présenter l’ouvrage comme une antiquité; le deuxième étant un moyen de se dédouaner des affirmations écrites. Pour Le Sacrifice des dieux, il s’agit surtout d’instaurer un souffle de mystère qui guidera la curiosité du lecteur tout au long de la nouvelle.
Au-delà de cette préface s’offre à nous un journal. Le ton est donné. Nous suivrons donc les péripéties du narrateur à travers les lignes qu’il aura bien voulu coucher sur le papier, ce qui implique autant les détails que les oublis. Ainsi se présente à nous un enquêteur du Saint Office, chargé de débusquer une secte sataniste. Malheureusement, les évènements l’entraîneront plus loin qu’il ne l’aurait imaginé, car ce ne sont pas des adorateurs de simples démons qu’il devra affronter, mais des serviteurs de dieux lovecraftiens. Un périple qui conduira le narrateur à travers le danger, le dévouement, la fascination, mais surtout, la folie.

Avec un peu de connaissances ou bien quelques recherches, le lecteur prendra conscience du labeur effectué par Christophe Michaud. Dans un premier temps, l’auteur nous abreuve de données mystiques que chacun pourra juger dans le déroulement de l’histoire. Cependant, les néophytes ne pourront saisir toutes les subtilités qu’après s’être renseignés davantage sur la mythologie lovecraftienne. De cette manière, chaque référence sera repensée et appréciée à sa juste valeur. Dans un second temps, la géographie, pourtant décrite assez brièvement, se trouve renforcée par une intention d’exactitude grâce à l’évocation de particularités propres à chaque lieu. Fantastique et réalité, deux éléments antagonistes qui se révèlent complémentaires dans ce livre grâce au dosage équilibré qu’apporte le choix de récit.

L’aspect carnet de bord a beaucoup été réfléchi avec l’intégration de nombreux éléments internes à l’œuvre, tel des croquis, des billets de trains, des télégrammes, etc. On pourrait être pointilleux en reprochant aux articles de journaux italiens d’être écrit en français, mais le travail fournit par l’auteur n’en demeure pas moins immersif.
Puisqu’il s’agit d’un journal, la narration se fait à la première personne, nous livrant ainsi chaque pensée, chaque émotion de l’enquêteur. La plume de l’auteur se fait fluide, composée de phrases courtes favorisant un style concis et efficace qui adhère parfaitement au personnage de l’histoire. En effet, celui-ci paraît décidé et n’hésitant pas à se salir les mains s’il le faut. Cependant, le style évolue en fonction de son état d’esprit, offrant ainsi au lecteur la vision de la démence et de la peur. Ces sentiments sont parfaitement retranscrits à travers des phrases décousues ou des moments d’interrogations. De cette manière, on se surprend à vouloir en savoir davantage, alors que l’on sait pertinemment que c’est ce même désir qui a conduit l’enquêteur dans l’état où il se trouve.
La nouvelle joue donc sur le défaut que peut-être la curiosité, et son nombre restreint de pages permet à chacun de s’immerger dans le journal jusqu’à en connaître le dénouement. Celui-ci nous laisse sur notre faim après une expérience intense, mais c’est un choix compréhensible qui est en totale adéquation avec le genre du récit.

Finalement, Le Sacrifice des dieux est une nouvelle qu’il ne faut pas laisser passer car Christophe Michaud sait représenter l’horreur, s’amusant nos peurs instinctives comme les lieux étriqués ou la perte du contrôle mental. Les descriptions savent rester succinctes afin que le trouble naisse et l’imagination vagabonde, mais pour les personnes peu sensibles à l’effroi, nul besoin de s’inquiéter car la fascination qu’impose ce journal n’est en aucun cas négligeable.
De plus, même si Le Sacrifice des dieux possède de nombreuses références, elles demeurent accessibles à tous : pour un initié, ce sera l’occasion de replonger dans l’univers de Lovecraft ; pour un néophyte, ce sera le début d’un voyage vers ces terres inconnues, peuplées d’êtres inimaginables et angoissants.

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