Le parfum


Au sommet d’un escalier sournois, colimaçon friand de chevilles friables, vivait une gentille dame. Son grand cœur n’avait d’égal que sa solitude, mais cela ne lui importait que très peu car entourée de sa vie entière, son temps s’était arrêté. Lorsque, entre deux journaux intimes jaunis, elle se sentait à nouveau jolie, l’ancienne demoiselle se rendait, bien lentement, vers sa vieille vanité. Son glorieux miroir, jadis couronné d’ampoules brillantes, ne renvoyait maintenant plus qu’un reflet flou et terne. C’était pour elle un bon moyen de faire durer le rêve. Dans un écrin de bois finement sculpté, déposé au centre du meuble, se cachait un flacon de parfum. Elle se plaisait à faire miroiter le liquide ambré dans la chaude lumière du soleil, puis à humer les effluves de l’amour, des bals et des beaux.

Petite bouteille à la main, la femme s’étendit sur son grand lit à baldaquins et retira ses vêtements un à un. À sa peau nue, elle appliqua quelques gouttes, d’abord derrière le lobe de ses oreilles pendantes, puis au creux de ses poignets gris et de son cou ridé.

Sa bouche, alors redevenue juteuse et appétissante, se gonfla dans un grand sourire et sa chair rose, vêtue des plus exquises étoffes, se cambra dans un vibrant éclat de rire.

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