Le multiculturalisme : une illusion

Par Julie Delvaux

« Les histoires de bilinguisme c’est de la foutaise ! », affirmait hier Bernard Landry, ancien Premier Ministre du Québec, au Colloque Roland Béguelin organisé par le Mouvement des Québécoises et Québécois (MNQ). « Le bilinguisme et le multiculturalisme servent à noyer la nation québécoise dans un univers multiculturel », a t-il ajouté.

Le philosophe et professeur à l’Université du Québec à Trois Rivières, Serge Cantin, pense que la notion de multiculturalisme induit une idée d’individualisme libéral qui défend en priorité les droits individuels. C’est à cause de cela que la cohésion identitaire et culturelle du Québec est affaiblie. Il qualifie cette situation de « démocratie des identités » qu’il présente comme un processus de « dépolitisation des rapports sociaux » et de « déculturation au nom de l’individu ». D’après lui, du déni du politique découle le déni de l’Homme en tant qu’être de culture.

« Il ne suffit pas d’être né au Québec et d’y vivre pour être québécois », a t-il dit au cours de son intervention, en reprenant les propos de Fernand Dumont, son maître de pensée. D’après lui le Québec n’est pas un État Nation, mais une communauté politique ouverte à ceux qui font l’effort de s’y intégrer. Il ne voit pas l’indépendance comme un rejet de l’autre, mais comme une affirmation de soi. « Exister dans l’œil de l’autre est un réflexe de colonisé » dit-il pour conclure sur quelques mots de Fernand Dumont.

Lorsque Bernard Landry décrit Roland Béguelin, il utilise ces quelques mots: « un être exceptionnel qui avait compris qu’aimer sa patrie était une grande vertu ». « C’est cruel à dire, mais alors que nous avions avancé, nous avons reculé » constate t-il avec regret. Il ajoute « L’indépendance du Québec est une question d’identité, de dignité, de fierté », avant de s’exclamer : « Mais la dignité bordel ! ». Quant à Serge Cantin il déplore le fait que depuis quelques années on ne sache plus ce que c’est que d’être un Québécois.

« Le multiculturalisme est une valeur canadienne et pas québécoise » a déclaré Louise Beaudouin, ancienne Ministre des Relations internationales, lors de la conférence des peuples de la langue française (CPLF), à l’origine de l’événement. « Le Canada mélange diversité culturelle et multiculturalisme en s’appuyant sur la Convention adoptée par l’UNESCO en 2005 », tient-elle à préciser. Elle regrette également le fait que cette situation ne se répète au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où la culture est traitée comme un produit.

C’est pour cela qu’elle souhaite que le Québec fasse entendre sa voix. Elle tient cependant à mettre l’auditoire en garde : « M. Charest donne l’illusion que le Québec n’a pas sa place sur le terrain international. » Bernard Landry estime pourtant que les québécois ont les ressources nécessaires pour avoir une certaine crédibilité. Il explique alors l’attitude du gouvernement central du Canada en une phrase : «  Un colonisateur qui se fait dépasser dans tous les domaines par son colonisé, ça le met de mauvaise humeur. »

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.