Le Marche-Sang, chapitre 5

Terco embrassa le paysage du regard. Il faisait chaud. Terriblement chaud. Habitué au froid et à la neige huit mois de l’année éprouvait la plus grande difficulté à endurer cette température moite et brûlante. Une forêt luxuriante emplissait l’horizon, aux pieds de montagnes qu’il venait de gravir. Une bonne semaine pour trouver un chemin praticable dans cette chaîne montagneuse escarpée. Le grand problème pour un béotien aurait été l’eau, trop rare par ici. Pour Terco, trouver le précieux liquide était une habitude. N’était-il pas un chaman, certes jeune, mais un de talent dans sa tribu ?
Le territoire qu’il s’apprêtait à fouler lui inspirait une peur sans précédent. Cette jungle et le marais qu’il apercevait au loin avait autrefois abrité les Draconiens. Un peuple naît des larmes des dragons massacrés par les humains lors des guerres draconiques. Des sages mais dont tous craignaient la vengeance. Disparus officiellement depuis plus de deux millénaires, Terco n’en craignait pas moins les âmes qui devaient encore hanter les lieux. Il essaya de chasser sa peur. D’une main sûr, il traça dans l’air devant lui une série de runes. Elles se matérialisèrent et brillèrent d’un rouge intense durant quelques millièmes de seconde avant de disparaître. Terco inspira doucement, les yeux plissés. L’odeur qu’il cherchait se détacha des tous les autres parfums de la nature : de la sueur, du sang séché, le métal d’armes et de mailles, et… derrière, presque imperceptible, celui de chèvres. Le chaman sourit. Le Marche Sang méritait bien son nom d’antan : le Chevrier. Il devait garder avec lui un souvenir d’autrefois sur lequel l’odeur des chèvres restait collé. Terco le pistait ainsi depuis trois saisons. Il touchait enfin au but. Il scruta les alentours. Une volée de marches usée par le temps attirèrent son attention. La voie des Pèlerins. Il croyait que cette route ne constituait qu’une simple légende de plus. Il déposa une offrande entre les racines de l’arbre pétrifié qui marquait le début du sentier avant de descendre.
Alors que Terco disparaissait à un tournant du sentier, une minuscule fleur commença à germer sur l’arbre depuis longtemps mort. Elle était d’un rouge sang magnifique. Une main délicate en caressa les pétales naissant. Elle l’arracha à l’arbre qui laissa perler une goutte de sève carmin. La femme huma le parfum en fermant les yeux. Elle avala la fleur . Un jus pourpre tâcha ses lèvres qui se plissèrent en un sourire carnassier.

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