L’Abeille

Essaie : L’abeille

Nous sommes ce que nous sommes. Rien de plus rien de moins. Certains disent que c’est faux. Comment pourrais-je les blâmer? Beaucoup de facteurs nous amènent à croire à cette illusion. Le sentiment d’évoluer, de se prendre en main, de repousser ses limites… Nous sommes ce que nous sommes. C’est simplement que nous prenons conscience de notre potentiel.

Ainsi, j’ai toujours été un trouble fête, un gitan, un roublard…. Appelez-moi comme vous voulez. Moi, je dirais humain. Vous savez, ces êtres égoïstes choisissant en fonction de leurs désirs.

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Déphasé par une émotion soudaine, je sens mon coeur qui bat. Aurais-je dû? N’aurais-je pas dû? Sont les questions qui me reviennent le plus souvent à l’esprit. Comme une incantation, un murmure au bord de la folie, les mots s’enchaînent dans ma tête. N’importe qui d’un peu sain d’esprit à été dans cet état après un moment de vérité où le stress post-traumatique était à son maximum.

Je sais que je n’ai pas fait le bon choix. Point final. J’irais jusqu’à dire point terminal. Je n’aurais pas du suivre l’abeille. L’abeille qui m’a mené à elle. Elle qui m’a mené à rien. Et ce rien qui m’a fait perdre du temps. Avec ce temps, j’aurais pu sauver l’autre et puis… Je n’aurais pas dû, de toute évidence.

Je crois fermement que la vie est une chaîne d’éléments provoqués par nos propres actions. Chaque mouvement, direction, parole a un impact majeur. La résonnance de nos actes est un écho dans l’éternité. Une pierre qui roule, qui provoque une avalanche désastreuse, qui passe près de vous tuer… Étrangement, on retrouve le goût de vivre. Pourtant, rien de bon n’est arrivé. Seulement l’écho d’une roche plus importante qu’une autre nous rappelant que respirer est un privilège de la vie. Ainsi, comment aurais-je pu blâmer l’abeille? Elle était jaune comme toutes les autres abeilles. Faux! Elle était plus jaune que toutes les autres abeilles que j’avais vues dans ma vie. Ce petit détail m’a amené à la suivre. La suivre jusqu’à elle.

Ce matin là, j’avais un désir d’extraordinaire, de surprise. C’est pourquoi cette journée j’avais remarqué cette abeille : jaune tulipe, jaune pollen. On aurait dit qu’elle s’était baigné dans le pollen tellement elle irradiait le soleil. J’ai suivi ce bonheur inespéré qui bourdonnait à tout rompre pendant deux coins de rue, fasciné par son vol frénétique, mais sans but apparent. Je devais ressembler à un lunatique sortant d’un asile. Je ne voulais tellement pas la perdre de vue que je poussais la foule montréalaise. «Excusez-moi je suis pressé…Ma femme accouche», ai-je menti. Je tournai le coin, essoufflé et désespéré, car je l’avais perdu de vue. Je devais la trouver. Pas pour son miel, pas par curiosité, mais parce que j’étais blasé et que dans ma vie sans but, elle était la source de mon désir. Je n’aurais pas dû suivre l’abeille.

En tournant le coin, je vis une jeune femme qui s’apprêtait à l’écraser de sa botte. Sans même hésiter, je la poussai. Assez fort pour qu’elle recule, mais pas suffisamment pour qu’elle tombe. Sans me préoccuper d’elle, je cherchai l’abeille. Elle n’était pas écrasée ou du moins pas sur le sol. Elle était donc saine et sauf…. Je ressentis une vive douleur au mon tibia. Puis, tout s’est passé au ralenti. La jeune femme aux cheveux brun court s’élança pour m’assener un autre coup. Sa botte visait avec précision le même endroit. Je ne voyais l’abeille nulle part. La botte semblait munie d’un cap d’acier… La botte! Une logique implacable et cruelle me fit comprendre une réalité des plus écrasantes. Si je ne voyais plus l’abeille et qu’elle n’était pas au sol, elle devait être sous la botte. J’acceptai de recevoir le coup, car je devais savoir. Au moment de l’impact, j’ignorai la douleur pour agripper sa jambe. La jeune fille se débattit et je perdis l’équilibre en l’amenant avec moi dans ma chute. J’avais toujours sa jambe dans les mains. Je tirai fort sur sa jambe pour voir en dessous de sa botte. Avec soulagement, je vis, qu’il n’y avait aucune dépouille de cette petite créature jaune soleil. Puis je l’aperçu bourdonnant de vie fuyant à toute vitesse. À ce moment, je du avoir l’air un peu dérangé. Je senti un immense sentiment de soulagement, de fierté et de plaisir. En ce jour, j’avais sauvé la vie de l’abeille au jaune sans pareil. J’étais un héros!

Pris d’une soudaine illumination, je réalisai l’absurdité de ma situation. Je tenais la jambe d’une femme avec force la maintenant au sol par le fait même. C’est à ce moment précis que j’ai reçu son autre botte en plein visage. Tout cela s’était passé en quelques secondes. Pour elle, j’étais l’agresseur, le violeur, le tueur. Pour moi j’étais l’enfant, le poète, le héros, sauveur d’abeille.

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