La Belle Paris

Les applaudissements d’un groupe de personnes accompagnent gaiement les pas de trois danseurs. Leur musique aux basses exagérées rythme les pas des passants et les emmène inéluctablement vers les trois artistes. Des éclats de rire, des claquements de mains, de la musique, des pirouettes improbables… Ces danseurs de rue ont toujours su rassembler des gens de tous les origines sous un même drapeau blanc : la danse et son public.
Une fois le spectacle fini et leur chapeau rempli, les gens se dispersent pour retourner à leurs activités premières et je n’y échappe pas moi non-plus. L’errance recommence donc et nous mène sur un pont, non loin de Notre Dame.

« I shot the sheriff ! »

Je me retourne instinctivement vers la provenance de cette exclamation. Un chanteur-guitariste, assis au bord de la Seine, reprend cette chanson bien connue de Bob Marley dans une version qui tend plus vers le rock. Sur l’escalier qui descend vers les quais, un public enthousiaste. Sur une marche, nous sommes en Asie, sur l’autre au Mexique, sur la suivante en Arabie ou encore en Amérique latine… un vrai melting-pot.
Les qualités vocales et instrumentales stoppent mon errance jusqu’au point culminant du spectacle où, là encore, son chapeau s’est rempli rapidement avant que les gens ne repartent voguer à leurs activités précédentes.

Au coin de rue suivant, d’abord émerveillée par la magnificence de Notre Dame, je remarque un troisième attroupement sur son parvis. Je décide d’aller y jeter un œil cependant qu’un détail attire mon attention sur le côté. Tout le long de la rue qui mène à la cathédrale est rempli de dessinateurs. Je m’arrête un instant pour regarder et suis surprise par la qualité du dessin. Le modèle, qui est déjà une belle jeune femme, semble terne comparé à la femme du papier. L’homme embellit de mille fois son modèle à l’aide d’une simple mine de charbon.
Après avoir félicité l’artiste, mes pas reprennent jusqu’à la Belle Dame.

Je m’assieds sur l’un des bacs de fleurs et regarde l’origine des applaudissements : un homme jongle avec les flammes. Les faisant virevolter de droite à gauche, de haut en bas, les faisant voler, il émerveille chacun des passants tandis que deux de ses amis complètent la beauté de l’événement en faisant rouler une boule de verre sur leur corps. Les mots ne suffisent pas à décrire le charme de ce moment… la musique qu’ils ont choisie est indescriptible, elle s’accorde à la fois à chacun de leur geste mais aussi au lieu qu’ils ont choisi. Le temps semble s’être arrêté tandis que mes yeux ébahis contemplent la scène, si bien que je vois à peine les vendeurs de roses passer devant moi.
Un temps plus tard, ils achèvent la féerie sous les acclamations d’un public stupéfait pour laisser la place à un autre membre de leur troupe. Après quelques préparations, il met une torche devant sa bouche et souffle dessus. Bien loin de s’éteindre, la torche propage une longue flamme en direction de la cathédrale. Il recommence dans diverses directions puis, pour conclure son numéro, se baisse, place la torche entre ses jambes et souffle encore une fois.
« C’est ce qu’on appelle péter le feu ! » dit élégamment l’homme à mes côtés, tandis que l’un des jongleurs revient en place pour le clou du spectacle. Curieux de savoir ce qu’il peut faire de plus beau que ce qui s’est vu tantôt, le public reste et le fixe. Tous les regards sont sur lui, toute l’attente est sur lui : le spectacle et ce que l’on s’en souviendra dépendent de lui. Il tient en main la même chaîne que précédemment qui se termine par une flamme et commence à jongler. Puis, peu à peu, cela devient des étincelles et chacun des mouvements de l’homme envoie ces fragments de flammes tout autour de lui jusqu’à ce qu’il se retrouve au centre d’un véritable feu d’artifice. Le magie du moment nous laisse interdits.
A la fin du spectacle, les applaudissements sont intenses et la petite boîte à sous se remplit bien plus vite que les chapeaux des deux premiers. Moi, je me tourne vers la personne avec qui j’ai partagé tous ces moments de féerie et, pour un ultime instant de bonheur, je dépose un doux baiser sur ses lèvres avant de déclarer :

Les journées et les nuits parisiennes sont vraiment incomparables.

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