Hurler à la lune

La chaleur de l’été s’infiltrait dans ma chambre alors que je cherchais un sommeil réparateur qui tardait à venir. Après avoir donné tant d’efforts pour les examens de fin d’année – et toute l’année en général – j’aurais cru que, une fois les vacances estivales obtenues, je pourrais vider mon esprit des troubles qui l’habitaient. Les faits sont totalement différents. Mon réveil affiche 4 heures du matin. Je me retourne encore et encore dans mon lit. C’est sans m’en apercevoir que, trempé de sueur, je m’endors enfin et mon sommeil me porte lentement vers un rêve.

Le louveteau et ses frères de meute jouaient gaiement dans les feuilles que l’automne avait ravies aux arbres. L’une d’elles tomba sur le nez de l’animal. Il jappa en sautillant pour essayer de l’attraper, mais le vent l’emporta au loin. Il partit donc à sa poursuite. Il ne se rendit pas compte tout de suite qu’une jeune louve l’avait rejoint. Lorsqu’il s’en aperçu, il s’arrêta et regarda la louve dans les yeux, intrigué. Dans ses yeux, il se vit. Il avait grandi. Il était maintenant lui aussi un jeune adulte. Les deux bêtes jouèrent ensemble jusqu’à épuisement total.

Alors qu’ils jouaient, le temps passa comme une flèche. L’hiver s’était vite installé. Dans une tempête, le loup perdit sa nouvelle sœur de meute. À travers la nuit, il lui hurla son amour, mais elle ne l’entendit pas. Elle avait trouvé un jeune mâle et était partie avec lui. Déprimant et hurlant son désespoir, le loup marcha tout droit sans savoir où se rendre et tomba sur une autre louve. Celle-ci était magnifique et il la poursuivit, intrigué, mais elle marchait droit sans se retourner… sans voir le loup. De plus en plus triste, il essaya de se confier à ses frères de meute, mais étrangement, ceux-ci étaient restés des louveteaux. Ils ne comprirent rien à ce qu’il voulait de leur faire comprendre et cela ne fit qu’aggraver son état.

Ne pouvant endurer la douleur sans la partager avec quelqu’un, le loup partit à la recherche de sa sœur de meute, celle-là même qu’il avait aimée et qu’il avait perdue. Elle l’écouta et le réconforta à sa manière et l’amour que lui portait le loup n’en fut que ravivée. Cet amour était tellement puissant qu’il ne la perdit plus. Malheureusement, partout où elle allait, le rival la suivait lui aussi. Finissant par constater la force de leur lien, le loup chercha à fuir.

Las, il marcha loin de sa sœur de meute, mais sans toutefois la perdre de vue. Le printemps pointa son nez et emporta la tristesse du ciel gris loin du loup. Celui-ci finit par se heurter à une autre sœur de meute qu’il n’avait vue depuis longtemps. Il avait toujours eu une attirance envers celle-ci, mais ne s’était jamais déclaré. Il s’arrêta alors que son rival emportait toujours son autre sœur de meute. Il hurla sa passion à sa sœur de meute retrouvée et celle-ci en fut charmée, mais refusa ses avances. Après tout ce qu’il avait traversé, le loup eu assez de force pour ne pas laisser le désespoir s’installer à nouveau.

Sa sœur de meute ne l’abandonna pas et il retrouva le reste de la meute. La meute avait grandi depuis et même le rival en faisait partie. Seulement, l’été était à leur porte et ils devaient déjà se séparer. Ce loup ayant toujours préféré chasser en solitaire avait maintenant énormément de difficulté à se séparer de sa meute, qui s’était largement élargie au courant de l’année. Il partit tout de même seul, sans même un regard vers les autres. Il se disait que des adieux auraient été trop difficiles pour lui.

Je suis réveillé par la lumière filtrant à travers les mailles horizontales du store attaché à ma fenêtre. Je suis pris d’un mal de vivre, comme souvent ces derniers mois. Je ne me souviens pas souvent de mes rêves, mais celui-ci est clair dans ma mémoire. Je me lève et prend pied au sol. Le loup est prêt à survivre à une autre journée, car c’est ce qu’il a toujours fait : survivre.

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