Double tranchant

« J’ai bien dormi », me dis-je en me réveillant. Je fixe le plafond. Du moins, c’est ce à quoi ça ressemble. Mes yeux sont toujours embrouillés. J’essaie de distinguer quelque chose, mais une éblouissante lumière me rend la tâche difficile. Aurais-je oublié d’éteindre l’éclairage avant de m’endormir? Non, ce n’est pas mon genre. Des bribes de souvenirs me reviennent à l’esprit; je me trouvais sur le balcon de mon appartement à contempler la lune, cet astre qui me fait rêver. Ça me revient, maintenant: elle était avec moi. À son souvenir, je me remémore nos bons moments.

Je ne connais qu’une chose qui puisse irriguer n’importe quel désert…

Depuis des mois, ma seule idole est celle à qui appartient ce visage souriant qui se dessine lentement dans mon esprit. Je lui voue un culte fou: celui de l’amour. Sa présence réconfortante effaçait tous les malheurs de mon être. C’est comme si sa seule présence me portait une onde salvatrice qui réduisait la charge de chaque fléau qui me pesait sur les épaules, les réduisait jusqu’à les faire disparaître. Sa beauté me laissait béat. Sa voix me guidait toute la nuit dans le labyrinthe de mes rêves torturés.

Je ne connais qu’une chose qui puisse faire refluer le sang dans le corps des mourants…

Ma tête me fait mal. J’ai l’impression qu’elle est sur le point d’exploser. Son absence se fait douloureusement ressentir en moi. J’ai vécu des moments difficiles et c’est elle qui m’en a tiré. Je n’arrivais plus à définir le sens de ma vie. Du coup, tout ce qui m’était familier avait un aspect sombre et étrange. C’est son regard qui a ravivé cette lumière, ce goût de vivre. La vie est un paradoxe: pour y donner un sens, il faut trouver sa place dans le non-sens qu’elle représente. Cette place qui m’appartenait, c’était d’être à ses côtés pour toujours. Ou du moins, c’est ce que je croyais. Elle est partie, elle m’a abandonné.

Je ne connais qu’une chose qui puisse faire fleurir les terres les plus désolées…

J’ai finalement réussi à rassembler tous mes souvenirs. Après l’avoir longuement regardée dans les yeux, je m’étais rendu compte que je ne reconnaissais plus ce regard. Quand elle a senti ce malaise, elle a voulu se défiler. Je l’ai poursuivi et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Sa réponse m’a figé sur place: « Tout! Rien ne va, Matt! Si tu veux tant le savoir, eh bien… je ne t’aime plus. » Je sentais mon cœur se glacer et mon monde s’effondrer. Je me suis repris et l’ai rattrapée avant qu’elle ne franchisse la porte. Je me suis saisi d’elle et me suis exclamé: « Ne t’en va pas, Rose! J’ai besoin de toi. Je ne vais pas y survivre si tu me quittes! » Elle s’est débattue, elle a crié, mais je n’ai pas voulu lâcher prise. À un instant, là où se terminent mes souvenirs, j’ai senti une douleur froide dans mon abdomen et je me suis évanoui. Alors que je m’effondrais, je l’ai regardé me tourner le dos et s’en aller sans pouvoir faire un geste pour la retenir.

Je ne connais qu’une chose qui puisse chasser l’hiver en plein janvier…

Les sensations me reviennent graduellement. Je pose mes deux mains sur mon ventre. La douleur est insupportable. Je regarde mes mains. Je vois le sang. Je sens le sommeil m’appeler de nouveau. Cette fois, je ne me réveillerai plus. Je quitte pour de bon ce monde froid et hostile, ce monde qui n’est pas le mien.

Je ne connais qu’une chose qui soit à la fois mortelle et salvatrice. Cette chose, c’est l’amour.

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