Delisle: Le sort de Fille

Pour connaître un peu mieux ce qui se publie comme nouvelles au Québec, j’ai entrepris de lire quatre ou cinq recueils de textes rédigés par différents d’auteurs que je ne nommerai pas, publiés dans des maisons d’édition que je ne nommerai pas non plus. Mais aucun des recueils que j’ai lus ne m’a convaincu. Ce n’est pas que les textes soient mal écrits, non. C’est plutôt qu’ils ne racontent rien, du moins rien pour soutenir mon attention, piquer ma curiosité, attiser mon intérêt. Des états d’âmes, des histoires d’amours assez obscures, des préoccupations qui ne me préoccupent pas. Des histoires souvent trop courtes aussi, peu consistantes. Puis je suis tombé sur Le sort de Fille de Michael Delisle, un auteur dont je n’avais jamais entendu parler avant aujourd’hui. Là, ce fut tout autre chose.

Le recueil de Michael Delisle réunit sept nouvelles. Des nouvelles assez denses, rédigées par un auteur qui maîtrise sa plume, l’entraînant là où il veut. Une certaine unité se dévoile dans les textes de Delisle. En effet, à l’exception de Relation, le septième et dernier texte du recueil, tous mettent en scène une famille monoparentale composée d’une mère et de son fils adolescent, laquelle évolue dans les petites villes de banlieue de la rive sud de Montréal. Monoparentalité oblige, dans la plupart des textes, le père brille par son absence tout en constituant une préoccupation à peu près constante, surtout dans Relation où il revient en force à la toute fin du récit, permettant enfin au fils de connaître la « chaleur » du père. « Mon père, peut-on lire dans cette nouvelle, ne quittait jamais mes pensées. Il m’obsédait comme d’autres le sexe et le jeu. » Autre chose, l’abus sexuel n’est jamais bien éloigné du fils, se dévoilant en filigrane dans au moins trois nouvelles – Le parking de la construction, Mon trésor et Le pont. Bien que le décor soit planté (pauvreté et problèmes sociaux), jamais Delisle ne tombe dans le piège de la complaisance envers la victimisation sociale de ses héros. Il évite aussi avec brio la fascination pour le sordide trop souvent véhiculée dans les médias québécois.

Le sort de Fille est un livre qui nous rappelle que «c’est à coup de deuils qu’on se construit ». Lire Delisle, c’est plonger dans le monde de l’intime, de la solitude. Lire Delisle, c’est aussi se rappeler que l’adolescence est une période décisive de la vie, une période au cours de laquelle tout peut basculer.

Michael Delisle est né à Longueuil en 1959. D’abord poète, il a reçu le prix Émile-Nelligan pour Fontainebleau en 1987. Puis il s’est mis à écrire des romans, sans pour autant négliger la poésie. Il a déjà plusieurs romans à son actif dont Dée (Leméac 2002), Le désarroi du matelot (Leméac 1998), Helen avec un secret et autres nouvelles (Leméac 1995) et Drame privé (Herbes rouges 1989). Pour survivre, il enseigne la littérature.

Delisle, Michael. Le sort de Fille. Montréal, Leméac, 2005.

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.


Fatal error: Call to undefined method WP_SimplePie_File::WP_SimplePie_File() in /home/nouvelles/public_html/wp-content/plugins/feedwordpress3/feedwordpress.php on line 1687