Comment l’industrie de l’automobile japonaise se sortira-t-elle de la crise ?

Éditorial de Benoit Charette

Le 11 mars dernier, non seulement un séisme mais un tsunami a plongé le Japon dans le chaos. Pour ajouter à ces épreuves, des centrales nucléaires ont flanché et menacent d’exploser. Le pays s’est trouvé paralysé. L’importante industrie de l’automobile a été lourdement touchée. La première semaine qui a suivi cette catastrophe a surtout servi à évaluer l’étendue des dommages. Toyota, Nissan et Honda ont été les plus durement affectées. Subaru, Mitsubishi et Mazda, en dehors de la zone critique, ont été moins touchées au chapitre des infrastructures, mais l’interruption d’alimentation en électricité a tout de même handicapé le rythme de production.

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Le temps sera un facteur déterminant.

Il n’y a aucun doute que cette crise aura des répercussions sérieuses sur l’économie japonaise. Il faudra plusieurs mois pour se remettre sur pied, et les effets vont bien au-delà du Japon. Le pays fournit en plus de centaines de milliers de voitures dans le monde ainsi qu’une forte quantité de pièces. Certaines usines de production aux États-Unis et en Europe ont déjà ralenti ou stoppé la production faute de pièces pour compléter l’assemblage de certains modèles comme le GMC Canyon, en Louisiane. Les usines ontariennes de Toyota (Cambridge et Woodstock) et de Honda (Alliston) tiennent un inventaire de 60 à 90 jours en pièces. Ce qui veut dire que même si l’arrêt de production devait se poursuivre encore quelques semaines, il y aurait assez de pièces. Par mesure de prévention, les usines de Toyota ont éliminé les heures supplémentaires jusqu’à nouvel ordre, mais les employés conservent un horaire de travail normal. Si cette situation perdure au-delà d’un mois, il y aurait un impact sur la disponibilité des véhicules, et certaines usines seraient contraintes de fermer.

Des prix plus élevé ?

Il y a beaucoup de rumeurs sur les effets à court terme sur le prix des véhicules des constructeurs affectés par le séisme. Certains ont avancé des augmentations allant de centaines à des milliers de dollars. J’ai beaucoup de peine à adhérer à ces théories pour deux raisons. Primo, le marché de l’automobile est extrêmement concurrentiel, les différences d’un modèle à l’autre dans une même catégorie se mesurent en centaines de dollars dans le pire des scénarios. Un constructeur qui arrive avec un prix trop élevé ne vendra tout simplement ses véhicules. Secundo, les prix d’un modèle sont, dans la plupart des cas, négociés au début de l’année avec chaque pays, et ces prix sont coulés dans le béton pour le reste de l’année. Il y a donc peu de chance de voir de gros changements dans les prix de détail suggérés.

Un manque à gagner comblé en partie par l’Amérique du Nord

Toyota a annoncé qu’elle allait partiellement reprendre l’assemblage de voitures au Japon, tandis que Honda a reporté à une date indéterminée le redémarrage de ses chaînes mises à l’arrêt après le séisme et le tsunami du 11 mars.

Toyota redémarre cette semaine la fabrication des modèles hybrides Toyota Prius, Lexus HS 250h et Lexus CT 200h, qui sont très en demande, surtout au Japon. L’assemblage des autres modèles du groupe reste suspendu. Le premier constructeur mondial n’a pour l’instant relancé que la production de pièces détachées. Son concurrent, Honda, a pour sa part reporté au moins jusqu’à 4 avril la reprise des chaînes de ses deux usines d’assemblage de l’archipel. Les deux groupes, comme les autres constructeurs d’automobiles nippons, souffrent de la perturbation des transports et de la distribution d’électricité dans le nord-est du pays et la région de Tokyo, ce qui ralentit, interrompt même la production ou l’acheminement des pièces détachées de leurs fournisseurs. Cette paralysie pourrait avoir des répercussions positives sur certains fournisseurs de pièces nord-américains qui seront appelés à compenser le manque à gagner, le temps pour le Japon de reprendre une cadence de production normale. Une situation qui pourrait perdurer quelques mois Il faut aussi spécifier que bien des constructeurs japonais possèdent des chaînes de montage flexibles capables rapidement de changer de modèle si nécessaire. Dans l’éventualité d’une fermeture prolongée des usines japonaises, des usines canadiennes et américaines pourraient être appelées à fabriquer des modèles plus en demande pour combler le manque à gagner, ce qui créerait de l’emploi.

Il est encore trop tôt pour tracer un portrait définitif, mais il faut aussi voir comment se comportera le Yen. Si la valeur du Yen diminue, cela favorisera les exportations japonaises, l’inverse favorisera l’industrie nord-américaine.

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