Clover

« Tu saurais pas où Léa se cache, par hasard ? »
« Non, j’en sais rien moi ! »
« Elle est montée dans ta chambre y a une heure… »
« Je te dis que j’en sais rien ! Fichez moi la paix toutes les deux si vous voulez que je l’ai cet exam’ ! »
Xavier avait penché le nez dans ses cours dès le matin et, si l’inquiétude palpable de sa mère avait été contagieuse, il n’en garda pas moins la tête dans ses équations sans le moindre sens.

Quelques heures plus tard, lorsqu’il descendit se faire un sandwich, sa mère tournait en rond tandis que son père essayait vainement de la rassurer. Ce fut alors au tour de Xavier de s’inquiéter :
« Elle n’est toujours pas rentrée ? »
Son père, qui ne l’avait pas vu jusque là, hurla que c’était de sa faute, comme toujours, et qu’il avait encore dû la vexer, l’idiot.
« Mais j’ai rien fait, bon sang ! Elle venait jouer et j’avais du taf, moi ! Je lui ai seulement dit que je n’avais pas le temps de jouer ! »
« Et tu n’as pas pu t’empêcher de lui crier dessus, hein ? Tu sais pourtant comme elle est sensible ! »
« Je suis le fils de mon père, que veux-tu ? »
Il sortit sur ces mots, sachant que son père ne le supporterait pas plus. Il faisait nuit dehors, et il pleuvait. On entendait aussi le tonnerre gronder au loin. Il hurla le nom de sa sœur en faisant le tour de leur petit jardin. Rien, elle n’y était pas. Son estomac se noua ; son père avait raison, c’était à cause de lui qu’elle avait disparu et maintenant, Dieu seul savait où elle était et si elle y était en sécurité. Xavier tourna sur lui-même, cherchant par quels chemins elle avait pu s’enfuir. Ses yeux fouillèrent aussi bien les petits trous du grillage que les arbres qui bordaient cette même clôture. Il cria une nouvelle fois son nom, mais sa voix fut masquée par le tonnerre. L’orage éclatait. Un éclair déchira le ciel et Xavier frissonna. Il savait comme sa sœur avait peur de l’orage.
« Lea ! Lea ! Où es-tu ? Lea ! »
Un bruit survint derrière lui, sur la route. Il se retourna, en chercha l’origine, mais il ne vit qu’un chien. Un petit caniche en piteux état qui semblait perdu. Il jura, tourna encore sur lui-même, puis tomba à genou. Où pouvait-elle être ? Il se mit à chercher de quelle manière il l’avait renvoyée. Tout avait une signification dans l’esprit de sa jeune sœur, même le plus insignifiant des mots.
« Rappelle-toi, Xavier, rappelle-toi ! » pensa-t-il.
Un énième éclair zébra le ciel, suivit de près par un coup de tonnerre.
« Allez, réfléchis, idiot ! Ré… Bien sûr ! »
Il se leva brusquement et courut jusqu’au champ juxtaposé à leur jardin : il s’était souvenu de ses mots exacts :
« Lâche moi, tu vois pas que je bosse ? Même en m’acharnant comme ça, je n’aurais jamais assez de chance pour avoir ce foutu diplôme ! »

Il avait vu juste. A peine avait- il fait quelques pas dans le champ, qu’il entendit les sanglots d’une enfant. Il courut dans leur direction et y trouva sa sœur, prostrée, les mains en bouclier sur sa tête, comme si celles-ci pouvaient la défendre de la foudre.
« Qu’est-ce qui t’a pris, idiote !? On se fait un sang d’encre ! Viens, viens par là. On rentre. C’est fini… »
La culpabilité et la honte le submergèrent lorsqu’il vit la peur sur le visage de la jeune enfant. Ses yeux, effrayés et larmoyants, fixaient Xavier. De ses cheveux, d’ordinaire soyeux, dégoulinaient eau et terre. Ses jambes, comme ses bras, étaient couverts de boue. Un faible sourire passait sur son visage affolé lorsqu’il lui tendit la main pour l’aider à se relever. Au lieu de la lui prendre, Lea ouvrit la sienne et y déposa une poignée de trèfles à quatre feuilles.

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