Bonheur imprévu

 

Photographe: Léa Clermont-Dion

Dans un métro ça pu. On retrouve l’odeur de trop de gens différents. On à jamais l’impression d’être au bon endroit. Des gens en fixent d’autres, et nous sommes toujours dans le lot. On peut facilement imaginer la vie des autres, leur personnalité, l’endroit où ils se rendent. À chaque fois, le métro s’arrête brutalement. On croit au suicide de quelqu’un, on pense tout de suite aux gens malheureux. Pourquoi? Peut-être parce que personne n’a l’air heureux dans un wagon. Il y a beaucoup de gens seuls, perdu dans un gouffre de pensées. Les couleurs sont fades, elles n’incitent pas au bonheur

Un jour, je partais d’un endroit. Comme toujours, j’avais oublié ma musique, alors je m’occupais en regardant les gensC’est fou comme certaines personnes se démarquent des autres. À ma gauche, une femme noir portant des lunettes. Elle avait un teint foncé, elle venait surement d’Afrique central, ou peut-être pas. Elle avait des bottes en poils de lapin. Son style conventionnel nous donnait l’impression d’une petite fille sage. À ma droite, un homme du Moyen-Orient portant l’uniforme de la STM. Il avait l’air épuisé, et quelque peu sale. Mais la personne intéressante était assise en face de moi, un jeune homme noir portant un béret au couleur joyeuse de l’Afrique. Ses traits n’étaient pas grossiers, ils étaient délicats, ils conservaient leurs racines. D’après ses souliers, il travaillait en construction, d’après son habillement, il avait un salaire moyen. Un beau jeune homme d’une vingtaine d’années.

Entre deux station, une messagère à la voix robotique nous avertit d’un retard temporaire de la ligne où nous étions présentement. La pire chose du monde. Toutes les personnes dans le wagon affichaient un air plus triste que jamais. Un jeune homme aux pommettes scintillantes, tentant des fleurs entre les mains, brisa le silence par un soupir. Pour ma part, je n’étais pas pressé. Je faisais aller mon esprit d’un visage à l’autre. Je croisai le seul qui détonait des autres. Celui de la seule personne qui n’avait pas l’air déçu.
Le jeune homme noir et moi échangeâmes un regard compatissant. Un regard qui voulait dire : «C’est plate, mais c’est seulement une question de temps.» Nous nous fîmes un sourire gêné. C’est seulement quelques minutes plus tard que le métro repartit. La déception des autres passagers du wagon se remplaça par le soulagement. Autre regard et autre sourire entre moi et lui. Après quatre stations, le jeune homme noir se leva et sortit sur le quai.

J’avoue avoir été déçu, sans en savoir la cause. Je ne savais rien de lui, je ne savais même pas s’il parlait ma langue. J’eusse sentit un lien sympathique. Je le regardai marcher vers les escaliers, dos à moi. Dommage, plus jamais je ne reverrai son sourire. C’est au milieu de ma réflexion qu’il se retourna vers moi. Comme ça, debout dans la foule de gens qui l’évitait. Les portes se refermèrent rapidement, je lui rendis son sourire et lui dis au revoir d’un signe de la main.

Ce jeune homme avait rendu ma journée belle. Je rendrais peut-être celle de quelqu’un d’autre belle à son tour.

Le bonheur est contagieux.

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