#02. Autruche


         Quatre mois, bordel. Elle se fout vraiment de ma gueule. Elle sait très bien que j’ai besoin de ce pognon. Après une demi-heure à marcher sous une pluie battante, j’arrive enfin chez elle. Je presse le bouton de la sonnette pendant une éternité. Rien. Je frappe en rafale à la fenêtre et en profite pour jeter un œil à l’intérieur. Ses tentures sont entrouvertes, elle est assise sur son canapé à s’abrutir devant une émission de télé, en mastiquant lentement des biscuits. Elle reste figée là comme si de rien n’était. Je refrappe avec davantage d’insistance, et dès qu’elle m’entend elle part se planquer dans une pièce voisine.

         Comment ose-t-elle me faire un coup pareil ? Je me suis déjà montrée suffisamment patiente, j’en ai marre qu’elle me prenne pour une conne. Je suis complètement à sec, aucun moyen de m’approvisionner. Dans mon état n’importe quoi ferait l’affaire, y compris ces foutus médicaments qui me retournent la tête et l’estomac. N’importe quoi qui fasse cesser ces tremblements et ces sueurs froides. Ca m’apprendra à lui faire confiance, après tout. Cette grosse pierre qui gît dans le terrain vague qui lui sert de jardin… Je la ramasse, je fracasse sa fenêtre et ensuite sa boîte crânienne… A quoi bon ? Elle n’a pas le fric de toute façon. Sinon elle ne ferait pas l’autruche. Je me casse d’ici, il n’y a plus rien à attendre d’elle. Dans quelques heures, quand je serai en train de me tordre de douleur en bavant sur la moquette, je regretterai de ne pas l’avoir massacrée…

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