#01. Progrès


    Au  XXIème siècle, personne n’aurait pu rêver d’une telle technologie. Elle supplante toutes les formes de psychothérapie pratiquées par le passé. Plus d’entretiens individuels, de dialogues, de séances d’analyse qui puisent aux tréfonds de l’âme les prétendues sources des tourments. Juste une machinerie qui charcute l’esprit comme un millier de scalpels charcuteraient le corps. Chaque souvenir décortiqué, chaque pensée et sensation extraite, mise à nu et projetée à la vue des praticiens via leur interface holographique. Plus vrais que nature. Plus d’oreille compatissante ni de semblant de réconfort procuré par le contact direct avec un autre être humain. Juste des sondes et des scanners qui font se sentir comme un cobaye davantage que comme un patient. La psychiatrie moderne n’a plus pour vocation de soulager les patients mais plutôt de faire de l’esprit humain un champ d’expérimentation sans limites pour des scientifiques avides de nouvelles connaissances.

       Les médicaments, eux, sont toujours les mêmes. Des sédatifs surpuissants qui vous légumifient peu à peu, mais sont désormais pompés dans votre sang via un réseau de nano-machines qui parcourt tout votre organisme. On n’arrête pas le progrès.

       Ils disent qu’un jour, lorsque leur technologie aura progressé encore davantage, ils pourront non seulement extraire les données de l’esprit mais aussi en implanter de nouvelles. Des images et des sensations apaisantes, sensées restaurer peu à peu l’équilibre mental des patients. Peut-être que ce jour-là, je pourrai sortir d’ici.

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