A 90 degrés – Frédérique Keddari-Devisme

Je découvre grâce à Riveneuve une collection originale par ce livre regroupant une nouvelle traitant de l’alcoolisme et d’une pièce de théâtre sur le cancer. Les thèmes sont des sujets difficiles, durs. Dans le premier récit, une nouvelle, Marthe est dépressive et a une addiction, l’alcool. On ressent au fil du temps, de sa rencontre avec Christophe jusqu’à quelques années plus tard, les ravages que provoque cette maladie, l’addiction. L’amour qui se délite, s’effrite face à la maladie qu’elle n’arrive pas à combattre.
La deuxième partie est une pièce de théâtre avec quatre personnages, deux couples. Dans le premier couple, la femme fait face au cancer, se voit mourir, dans le deuxième couple, c’est la femme, médecin, qui soigne la première. Une nouvelle fois, le thème est dur, et la vie malgré tout montre des facettes parfois inavouables, mais trop naturelles.
Les récits sont écrits avec une grande légèreté, se lisent avec beaucoup de plaisir, et les sujets abordés n’en sont que plus douloureux, tellement le style est touchant, mettant avec beaucoup de justesse les mots qu’il faut sur la douleur. Loin des romans habituels ces deux histoires vous retrancheront dans la réalité pure et dure de la vie, la maladie, la mort, mais la vie après tout. Très belle découverte et je remercie Riveneuve.

19Quatrième de couverture On a tous autour de nous une personne qui a basculé, parfois dans l’alcool comme Marthe dans À 90 degrés. La dépression de l’âme est infinie. Marthe est un de ces êtres emportés, trop fragiles, que la vie brise. Sa maladie est un arbre aux mille racines et aux mille cimes. Un arbre fleuri de mystère.
Deux couples se croisent dans À l’infini du baiser : Marie et Marco qui s’aiment mais dont le quotidien a noyé leur désir ; Janet et Malek qui apprennent que Janet est atteinte d’un cancer. C’est dans cette rencontre, la lutte contre la maladie, les rechutes, les espoirs que naît un désir vital entre Malek et Marie, lui pour survivre au déclin de sa femme, elle pour se sentir vivante. Et dans cette histoire surgit la pulsion, celle qui permet l’espoir, celle qui garde en vie.

Nouvelle de l’Avent: 18/24

Je me réveille dans les bras de Thomas. La soirée a été idyllique, nous avons cuisiné ensemble un délicieux poulet curry, agrémenté d’un verre de pinot gris.

Je me suis sentie rapidement à l’aise dans son petit appartement. Celui-ci, confortable et bien conçu est masculin et épuré. Nous avons beaucoup discuté, avides d’en apprendre le plus possible l’un sur l’autre. Il s’est intéressé à ma passion de la lecture, nous avons parlé de notre enfance, de notre famille. Je n’ai pas envie de me poser de questions, mon cœur me dit de faire le plein de tendresse et de beaux moment et de me laisser porter…

Comme aucun de nous n’a envie de quitter la chaleur douillette de l’appartement pour aller chercher du pain, nous décidons de faire des crêpes pour le petit déjeuner. Je les aime à la confiture ou au chocolat tandis que lui est un fan inconditionnel du sirop d’érable. J’adore le café noir, lui préfère le thé le matin. Chaque minute est une découverte. J’avais oublié à quel point il est doux de poser tant de questions, d’essayer de tout retenir, d’avoir une surprise chaque jour, un peu comme lorsque l’on ouvre les fenêtres d’un calendrier de l’Avent.

Le temps file entre nos doigts entrelacés. La neige dehors est en train de fondre sous une pluie battante. Le vent qui tourbillonne fait claquer les volets de bois. Nous passons la matinée pelotonnés sous un plaid à regarder une rediffusion de « Maman, j’ai raté l’avion » emblème de Noël de notre enfance !

Lorsque les cloches dehors sonnent midi, nous prenons conscience qu’il va falloir nous séparer quelques heures puisque Thomas a prévu d’aider ses parents pour monter une étagère et fixer les guirlandes extérieures. Je ne cache pas ma déception mais nous savons qu’il est encore un peu tôt pour officialiser notre relation. Nous traînons encore sous la douche puis, une fois prêts, prenons la route vers chez mes parents.

Thomas roule bien en dessous de la vitesse autorisée. Les voitures derrière nous s’impatientent et doublent nerveusement. Nous n’avons aucune envie de nous quitter. Soudain, nous arrivons près du rond point de mon vieux village. La municipalité y a installé un joli traîneau de bois peint, rempli d’une multitude de cadeaux colorés. À deux pas de là clignote une enseigne bleutée, celle du café de Romuald. Devant la porte est posée une grande ardoise annonçant le plat du jour : quiche lorraine et salade verte. En dessert mousse au chocolat. Thomas se tourne vers moi, les sourcils arqués comme des accents circonflexe. Il est craquant, on dirait un petit garçon dont les yeux demandent l’autorisation de manger un bonbon.

Je suis contente qu’il propose de prolonger encore un petit peu notre moment ensemble et accepte avec beaucoup d’enthousiasme, tant pour sa compagnie que pour le menu annoncé. Après avoir salué Romuald, nous prenons place contre la vitre donnant sur la rue. Comme moi, Thomas aime observer les gens, commenter, imaginer leur vie, leurs soucis. La quiche est délicieuse, légère et savoureuse. La mousse au chocolat également. Au moment du café, Romuald profite du calme de la fin de service et vient s’asseoir à nos côtés. Il fait connaissance avec Thomas et au bout de quelques minutes, notre conversation dévie sur les livres et la littérature. Romuald semble s’intéresser à ma vision plutôt moderne de la lecture. J’aime l’ambiance calme et feutrée des bibliothèques mais je préfère les discussions autour des bouquins, les clubs de lecture, l’échange et le partage. Je commence à m’animer en dissertant sur la magie des armoires à livres, présentes dans les villes et parcs municipaux. J’adore le fait que ces livres soient mis à disposition de tout le monde. J’adore aussi y déposer une œuvre que j’ai adoré en espérant que celui qui la prendra ressentira la même chose.

Romuald semble pensif un instant. Son air concentré lui donne un air sévère que je ne lui connaissais pas. Tout à coup il me demande :

-Tu te souviens quand je t’ai parlé de mon projet de moderniser un peu le bistrot ?

-Oui, bien sûr, je réponds, intéressée.

-J’adore ton idée d’échange de livres. Tu crois que je pourrais faire ça ici ?

-Une armoire à livres, tu veux dire ? Évidemment on peut faire ça partout !

-Je crois que j’ai envie de faire de mon café un établissement un peu plus… littéraire.

-Ouah, c’est une chouette idée ! j’approuve énergiquement. Tu aurais besoin d’un coup de main ?

-Je n’osais pas te le demander.

Romuald nous offre nos cafés et nous prenons congé bras dessus bras dessous.

Thomas me dépose, après m’avoir longuement serré dans ses bras puissants. Il me murmure à l’oreille qu’il a adoré ces dernières 24 heures avec moi. Son souffle dans mon cou me fait tressaillir, je n’ai aucune envie de quitter l’habitacle et nous nous perdons dans les bras l’un de l’autre encore de longues minutes.

Je rentre à la maison des étoiles plein les yeux, heureuse et excitée par ma nouvelle vie et un nouveau projet…

Diane

Le livre des fantômes- Jean Ray

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Le Livre des fantômes est un recueil de nouvelles de Jean Ray publié en 1947. Plusieurs rééditions ont suivi entre 1966 et 2018 où Alma éditeur a ressorti une version enrichie de proses et de poèmes rares. La version que j’ai lu date d’une édition de 1985 et contient juste les 11 nouvelles du recueil.

Les nouvelles ne sont pas toutes de la même valeur ni de la même longueur. La toute dernière, Après, fait seulement 2 pages et fait office de conclusion au recueil. Le thème du livre est la hantise et les nouvelles abordent les différentes créatures invisibles ou non aux humains. Les hantises peuvent être de diverses sortes: liées à la religion, magique ou encore psychologique et c’est en cela que le recueil est intéressant. Ce qui fait que ce ne sont pas seulement les fantômes qui sont au centre des histoires mais aussi les hommes et la confrontation entre ces deux mondes.

La figure traditionnelle du fantôme, caractérisé par la vengeance, apparait dans plusieurs textes. Dans Maison à vendre, c’est un juge qui est au centre de l’histoire. Sa froideur et son indifférence lui seront fatal. Dans La Nuit de Pentonville, on trouve des fantômes dans la prison. Le Cousin Passeroux évoque la culpabilité de ce dernier après une mort dont il est responsable.

D’autres textes prennent les lieux hantés d’étranges créatures comme thèmes. Dans La Choucroute, le narrateur part voyager grâce à un billet fourni par un ami. Il arrive dans une ville fantôme et se retrouve dans un restaurant  dont il est le seul client et où il veut manger une choucroute mais n’y parviendra pas car le plat s’enflamme. Rues établit un panorama des rues où des fantômes ont été aperçus avec des endroits qui apparaissent ou disparaissent selon les personnes et les circonstances.

Les hantises peuvent aussi être liées à des objets. Dans M. Wohlmut et Franz Benschneider, c’est une bouteille de liqueur qui entraine deux hommes dans un monde inquiétant où apparaissent d’effrayants visages. Dans L’Histoire de Marshall Grove, on assiste à une étrange possession liée à un objet et à une créature énigmatique.

Deux nouvelles sont un peu à part des autres. La Vérité sur l’oncle Timotheus met en scène la mort personnifiée dans un récit où on ne retrouve pas vraiment de fantômes mais la hantise de la mort. Ensuite, le texte qui ouvre le recueil est celui que j’ai trouvé le plus intéressant, Mon fantôme à moi – L’Homme au foulard rouge, histoire où l’auteur se met personnellement en scène. L’écrivain livre son propre témoignage sur un fantôme qu’il a vu à plusieurs reprises dans des endroits et des circonstances différents. Le fantôme est un homme au foulard rouge et semble le prévenir d’un futur danger.

Le Livre des fantômes est un recueil dont le thème principal est la hantise. Certains textes sont vraiment bien écrits et intéressants, d’autres moins.  Les éditions Alma éditeur ont ressorti récemment des nombreux textes de Jean Ray, comme vous pouvez le voir dans cet article de Dionysos. Un numéro spécial de la revue Bifrost avait été aussi consacré à l’écrivain belge où on trouvait la nouvelle L’Histoire de Marshall Grove.

Autres avis: Dionysos

mde

Auteur: Jean Ray

Éditeur: Nouvelles Éditions Oswald (NéO) coll. Fantastique / SF / Aventure

Les histoires de fantômes, qu’on imagine avoir inventées d’un bout à l’autre, peuvent enclore une réalité, et ceux qui les écrivent, être en quelque sorte des chargés de mission d’un monde caché qui essaie de se révéler à nous, nous obligeant à réfléchir, alors que nous préférerions sourire, hausser les épaules et vouloir, par lâcheté humaine, ne voir dans l’Inconnu qu’une amusette à ne pas lire la nuit. … Car tout fini par être vrai…

Cette chronique fait partie du : Le challenge abc litterature de l’imaginaire 2018

 

 

Ma prochaine nouvelle – extrait

Il est vrai que j’aime rire. Il est vrai que mon rire vient du fond de mon âme. Cependant, je vais te faire une confidence, ma grande, bien que je sache que tu as déjà deviné. Tu me connais si bien. Je ris pour ne pas pleurer. Je ris pour oublier que j’ai mal. Je ris pour me protéger. Je ris à en avoir mal. Pour cacher les bleus de l’âme. Je sens ce rire naître douloureusement au creux de moi. Je sens déjà son goût amer au fond de ma gorge. C’est affreux. C’est un cauchemar. Je dois lutter contre les larmes qui persistent à vouloir couler. Mais, si je pleure, je suis faible, et personne ne doit connaître ma faiblesse.